Femmes enceintes s'abstenir : avec son plan d'ouverture sur un accident de voitures vécu du point de vue d'un f½tus, les deux auteurs placent leur métrage sous le signe de la mort sans échappatoire. Une mort capable de s'infiltrer dans les endroits à priori les plus sécurisés et de frapper de façon violente sans aucune distinction d'âge ou de sexe. Une mort incarnée par l'impériale Béatrice Dalle dont l'absence d'identité (elle apparaît au générique comme étant « la Femme ») traduit cette sensation d'omniscience inquiétante, le personnage étant, dans la première partie, constamment cadré en arrière-plan, tel un prédateur prêt à bondir sur sa proie. Dans son rôle d'agresseur tentant de voler l'enfant d'une future maman sur le point d'accoucher, Dalle accompli des prouesses, disséminant une sauvagerie latente à mesure qu'elle consume ses cigarettes. On en viendrait presque à se demander si elle n'est pas le fruit de l'imagination de la malheureuse victime, la plutôt convaincante Alysson Paradis, qui a perdu son conjoint dans d'horribles circonstances et qui se retrouve à errer seule dans sa maison vide la veille de Noël. Le temps d'une exposition sobre et émouvante, c'est tout le désespoir d'une femme refusant sa maternité qui explose à l'écran, l'amour et la vie lui apparaissant soudain bien ridicule face au destin implacable qui régit chaque existence. Une échappée onirique dans les bras de son défunt amour, nu comme au premier jour, se conclue par un retour brutal à la réalité avec un plan sec sur une tête s'éclatant contre un pare-brise, tout comme une séquence de cauchemar montrera l'héroïne vomir littéralement le petit être qu'elle porte en elle. Fuyant la Mort en se renfermant derrière le cocon sécurisant de son foyer coupé d'un morne quotidien (sous-texte artificiel et maladroit sur les émeutes de banlieues) et dont les teintes rougeâtres renvoient au ventre maternel, Sarah ne pourra qu'être rattrapée par son destin, la Faucheuse n'hésitant à violer le corps récalcitrant dans une confrontation particulièrement douloureuse (l'intrusion dans la maison est prolongée thématiquement par une tentative d'éventration). Débute alors un véritable jeu de massacre dont les enjeux dramatiques s'accompagnent d'une réflexion sur le processus d'enfantement : accepter de donner la vie, c'est accepter que celle-ci s'achève un jour.
Empruntant aussi bien au « Rosemary's Baby » de Polanski qu'au récent « Saw » (pour l'utilisation d'un flash d'appareil photo), Alexandre Bustillo et Julien Maury témoignent d'un amour sans limite au cinéma de genre et marchent clairement sur les pas de « Haute Tension », jusqu'à faire appel au même monteur et au même compositeur pour créer une ambiance acoustique dérangeante. Malheureusement, force est d'admettre qu'ils ne possèdent pas le même talent qu'Alexandre Aja et que leur réalisation souffre clairement du syndrome « Premier Film ». Entre la photo maronnasse parfois illisible signée Laurent Barès et un effet de fumée abusif enveloppant les intérieurs de la maison de l'action, on passe souvent à côté de l'ambiance macabre et inquiétante recherchée, d'autant plus que le production design semble inexistant (quelques cartons en arrière-plan : l'esthétique du vide, ça se travaille aussi) et que l'utilisation de l'espace se révèle particulièrement foireuse (Béatrice Dalle attaquant Ncolas Duvauchelle dans le salon : grand moment de n'importe quoi). A cela s'ajoute une volonté de trop en faire en rendant hommage à un maximum de sous-genre mais qui finit souvent par plomber le récit, notamment lorsqu'une amorce de survival est désamorcée la minute suivante (dommage, elle avait de la gueule la Alysson Paradis vengeresse) ou qu'un interlude hors sujet chez les zombis vient parasiter l'intensité du dénouement.
« A l'Intérieur » regorge donc de défauts flagrants mais qui sont heureusement compensés par une générosité débordante dans les effusions de sang. Sans concession aucune, les deux auteurs n'hésitent pas à repousser les limites du trash et accomplissent l'exploit d'offrir à la France son métrage le plus gore, ce qui n'est pas rien. Qu'importe que les seconds rôles soient artificiellement greffés à un script de court-métrage étiré sur 80 minutes : ils ne sont là que pour mourir dans d'atroces souffrances et donner au responsable maquillages Jacques-Olivier Molon le plaisir de concocter des débordements graphiques en tout genre. Têtes explosées à bout portant, accouchement forceps sans anesthésie, coups de ciseaux lacérant les visages, main clouée sur un mur, gueule cramée au chalumeau maison... Une surenchère dans le crapoteux et la provocation qui, à défaut de vraiment effrayer, retire le balais coincé dans le cul d'un cinéma français rongé par le consensualisme.
Le premier essai cinématographique d'Alexandre Bustillo et Julien Maury n'est sans doute pas ce qu'on pourrait appeler un grand film. Il n'en demeure pas moins d'une profonde sincérité en dépit de ses nombreuses maladresses, assumant sa radicalité jusqu'au bout pour s'achever sur le triomphe ultime de la Mort ravagée portant affectueusement son enfant dans les bras, le jour de Noël. Ultime plan démentiel qui parachève ce conte cruel sur une note pessimiste, laissant le spectateur épuisé par le spectacle dégénéré auquel il vient d'assister.
NOTE : 3/6




