A L'INTERIEUR

A L'INTERIEUR
On dit souvent que les critiques de cinéma sont des réalisateurs frustrés. Si cela était vraiment le cas, alors on pourrait rayer le nom d'Alexandre Bustillo de la liste des gratte-papiers aigris puisque l'ancien journaliste à Mad Movies vient de passer derrière la caméra pour les besoins de « A l'Intérieur », film de genre hexagonal qu'il a écris et co-réalisé avec son complice Julien Maury. Une incursion sur le terrain du gore accueillie à bras ouverts par toute une communauté de cinéphiles n'ayant rien eu à se mettre sous la dent en France niveau tripaille depuis le séisme « Haute Tension ». Autant dire qu'avec la véritable boucherie qui s'étale sur l'écran pendant 80 minutes, ils devraient être rassasiés pour un moment, le temps de digérer ce premier essai pas tout à fait abouti mais d'une infinie générosité et ne s'embarrassant d'aucun compromis.


Femmes enceintes s'abstenir : avec son plan d'ouverture sur un accident de voitures vécu du point de vue d'un f½tus, les deux auteurs placent leur métrage sous le signe de la mort sans échappatoire. Une mort capable de s'infiltrer dans les endroits à priori les plus sécurisés et de frapper de façon violente sans aucune distinction d'âge ou de sexe. Une mort incarnée par l'impériale Béatrice Dalle dont l'absence d'identité (elle apparaît au générique comme étant « la Femme ») traduit cette sensation d'omniscience inquiétante, le personnage étant, dans la première partie, constamment cadré en arrière-plan, tel un prédateur prêt à bondir sur sa proie. Dans son rôle d'agresseur tentant de voler l'enfant d'une future maman sur le point d'accoucher, Dalle accompli des prouesses, disséminant une sauvagerie latente à mesure qu'elle consume ses cigarettes. On en viendrait presque à se demander si elle n'est pas le fruit de l'imagination de la malheureuse victime, la plutôt convaincante Alysson Paradis, qui a perdu son conjoint dans d'horribles circonstances et qui se retrouve à errer seule dans sa maison vide la veille de Noël. Le temps d'une exposition sobre et émouvante, c'est tout le désespoir d'une femme refusant sa maternité qui explose à l'écran, l'amour et la vie lui apparaissant soudain bien ridicule face au destin implacable qui régit chaque existence. Une échappée onirique dans les bras de son défunt amour, nu comme au premier jour, se conclue par un retour brutal à la réalité avec un plan sec sur une tête s'éclatant contre un pare-brise, tout comme une séquence de cauchemar montrera l'héroïne vomir littéralement le petit être qu'elle porte en elle. Fuyant la Mort en se renfermant derrière le cocon sécurisant de son foyer coupé d'un morne quotidien (sous-texte artificiel et maladroit sur les émeutes de banlieues) et dont les teintes rougeâtres renvoient au ventre maternel, Sarah ne pourra qu'être rattrapée par son destin, la Faucheuse n'hésitant à violer le corps récalcitrant dans une confrontation particulièrement douloureuse (l'intrusion dans la maison est prolongée thématiquement par une tentative d'éventration). Débute alors un véritable jeu de massacre dont les enjeux dramatiques s'accompagnent d'une réflexion sur le processus d'enfantement : accepter de donner la vie, c'est accepter que celle-ci s'achève un jour.


Empruntant aussi bien au « Rosemary's Baby » de Polanski qu'au récent « Saw » (pour l'utilisation d'un flash d'appareil photo), Alexandre Bustillo et Julien Maury témoignent d'un amour sans limite au cinéma de genre et marchent clairement sur les pas de « Haute Tension », jusqu'à faire appel au même monteur et au même compositeur pour créer une ambiance acoustique dérangeante. Malheureusement, force est d'admettre qu'ils ne possèdent pas le même talent qu'Alexandre Aja et que leur réalisation souffre clairement du syndrome « Premier Film ». Entre la photo maronnasse parfois illisible signée Laurent Barès et un effet de fumée abusif enveloppant les intérieurs de la maison de l'action, on passe souvent à côté de l'ambiance macabre et inquiétante recherchée, d'autant plus que le production design semble inexistant (quelques cartons en arrière-plan : l'esthétique du vide, ça se travaille aussi) et que l'utilisation de l'espace se révèle particulièrement foireuse (Béatrice Dalle attaquant Ncolas Duvauchelle dans le salon : grand moment de n'importe quoi). A cela s'ajoute une volonté de trop en faire en rendant hommage à un maximum de sous-genre mais qui finit souvent par plomber le récit, notamment lorsqu'une amorce de survival est désamorcée la minute suivante (dommage, elle avait de la gueule la Alysson Paradis vengeresse) ou qu'un interlude hors sujet chez les zombis vient parasiter l'intensité du dénouement.
« A l'Intérieur » regorge donc de défauts flagrants mais qui sont heureusement compensés par une générosité débordante dans les effusions de sang. Sans concession aucune, les deux auteurs n'hésitent pas à repousser les limites du trash et accomplissent l'exploit d'offrir à la France son métrage le plus gore, ce qui n'est pas rien. Qu'importe que les seconds rôles soient artificiellement greffés à un script de court-métrage étiré sur 80 minutes : ils ne sont là que pour mourir dans d'atroces souffrances et donner au responsable maquillages Jacques-Olivier Molon le plaisir de concocter des débordements graphiques en tout genre. Têtes explosées à bout portant, accouchement forceps sans anesthésie, coups de ciseaux lacérant les visages, main clouée sur un mur, gueule cramée au chalumeau maison... Une surenchère dans le crapoteux et la provocation qui, à défaut de vraiment effrayer, retire le balais coincé dans le cul d'un cinéma français rongé par le consensualisme.


Le premier essai cinématographique d'Alexandre Bustillo et Julien Maury n'est sans doute pas ce qu'on pourrait appeler un grand film. Il n'en demeure pas moins d'une profonde sincérité en dépit de ses nombreuses maladresses, assumant sa radicalité jusqu'au bout pour s'achever sur le triomphe ultime de la Mort ravagée portant affectueusement son enfant dans les bras, le jour de Noël. Ultime plan démentiel qui parachève ce conte cruel sur une note pessimiste, laissant le spectateur épuisé par le spectacle dégénéré auquel il vient d'assister.


NOTE : 3/6

# Posté le lundi 18 juin 2007 12:45

Modifié le dimanche 12 août 2007 10:04

BOULEVARD DE LA MORT

BOULEVARD DE LA MORT
Scandale : après des mois d'une attente insupportable largement alimentée par une promotion orgasmique vantant le concept du double feature avec de sublimes posters dans l'esprit du cinéma d'exploitation des 70's, le « Grindhouse » du duo Tarantino/Rodriguez se retrouve scindé en deux dans les pays non anglophones. Exit les fausses bandes-annonces de Rob Zombi, Eli Roth et Edward Wright, exit les pubs pour les bars à tacos et exit l'esprit familial de l'ensemble via de nombreux clins d'½il d'un film à l'autre. Et puisque c'est plus respectable de voir le réalisateur de « Pulp Fiction » monter les marches à Cannes que celui de « Spy Kids », c'est le segment de Tarantino qui a l'honneur de débarquer le premier dans les salles européennes, quand bien même cela trahirait l'ordre de diffusion souhaité par les auteurs. Lot de consolation : avec l'ajout substantielle de séquences briffées du montage américain « Death Proof » fonctionne indépendamment de « Planet Terror » et peut s'apprécier comme une petite série B rétro rendant hommage à la sous culture en la sacralisant.


Ressuscitant totalement l'esprit des vieux drive-in, Quentin Tarantino envisage son film comme il a toujours envisagé le cinéma, c'est-à-dire comme une manière d'offrir à un public contemporain les sensations et les ambiances d'une époque à laquelle on ne peut plus que fantasmer. Caviardant sa pellicule de rayures et de scratch, insérant ici et là une saute de son ou un faux raccord, coupant volontairement une séquence au moment où elle devient la plus excitante (le lapdance interrompu brutalement renvoie aux projectionnistes qui coupaient fréquemment les séquences chaudes des bobines pour les emporter chez eux) et reprenant le jingle kitsch de tout Grindhouse déjà employé sur « Kill Bill », le réalisateur assume le ringard de son projet pour lui conférer un charme suranné et affirme plus que jamais son identité cinématographique comme une ouverture vers monde alternatif permettant de fuir de la réalité. Preuve en est avec la multiplication les autoréférences (un Pussy Wagon par-ci, une sonnerie de portable familière par là sans oublier deux flics déjà croisés par le passé) ou bien ce plan magnifique d'une des héroïne allongée sur son canapé dans une pose sexy et désinvolte évoquant celle d'une actrice trônant en poster juste au-dessus. Le cinéma (« Death Proof ») imitant le cinéma (le poster) pour le réinventer, l'actualiser et le sublimer. Quitte à ce qu'il devienne aussi simplement fashion.
Nostalgique, Tarantino est un peu comme le Stuntman Mike de son histoire (et par extension comme Kurt Russel) : un monstre sacré appartenant déjà au passé et condamné à ressasser sa liste de séries B obscures que peu de jeunes connaissent vraiment. Et même si les nombreuses filles croisées tout au long du récit préfèrent les juke-box ou les enregistrements de cassette aux CD, elles n'en demeurent pas moins des victimes de la mode prêtes à débourser des fortunes pour dénicher le dernier Vogue italien et sont sans cesse rivées à leur téléphone portable, révélateur de leur futilité (une conversation derrière une vitre) ou de leur solitude (une rupture par texto). Ce n'est pas un hasard si les seules nénettes capables de défier le psychopathe roulant en Chevi Nova seront deux cascadeuses (métier de Mike justement) connaissant leurs classiques sur les bouts des ongles vernis.


Bien qu'il ait vendu sa came comme « un slasher avec une bagnole à la place du couteau » (ce qui sera vite contredit par la longue séquence dans le bar torpillant le cliché des « Vendredi 13 » avec ses filles coquines au bord d'un lac avec des mâles en rut), Quentin Tarantino négocie surtout de violentes embardées du côté des rape and revenge avec deux séquences de tôles froissées où le pare-choc du bad guy se substitue à sa zigounette. Une analogie largement appuyée par un plan de Kurt Russel assis sur sa Chevi Nova mythique, le canard décoratif du capot entre les jambes. Icône virile et balafrée dans le premier acte du film, Stuntman Mike (initiales : SM, soit sado-masochiste) viole ses victimes en leur rentrant dedans après leur avoir longuement contemplées, comme si le cinéaste confessait sa fascination pour les belles gonzesses plantureuses : matage insistant sous un objectif (d'appareil photo ou de caméra, cela revient au même), léchage d'orteils (le fétichisme du bonhomme pour les pieds n'est plus à démontrer et s'affiche ouvertement dès le générique), jeu de séduction (réciter un poème tant espéré en vue de décrocher une danse torride)... Même le crash fulgurant sera répété selon quatre points de vue différents, un par victime, dans un montage frénétique proche de la masturbation (dans le script original Mike se masturbait dans sa voiture accidentée).
« Death Proof » s'inscrit néanmoins dans la même veine féministe que « Jackie Brown » et « Kill Bill », la seconde partie du récit menant les femmes agressées vers une vengeance implacable. Le macho qui les avait réduites à de vulgaires objets, elles le taxeront de petite bite avant de lui tirer dessus. Alors qu'une des cascadeuses parviendra à tenir à la force des bras sur le capos d'une voiture lors d'une poursuite sauvage et sans aucun trucage numérique, le bourreau se retrouvera à gémir comme une gamine avant d'être mis KO. Pour vaincre le croque-mitaine, pas de solution plus efficace que de le mener hors de son univers seventies, sur une autoroute moderne (notons qu'à ce stade du récit, l'image n'est presque plus vieillie). Tarantino ne pouvait trouvait plus belle métaphore pour illustrer le basculement de son univers fantasmé à la réalité du présent.


Bien qu'une large majorité du public ne verra et n'appréciera « Death Proof » que pour la griffe inimitable de son auteur (bavardages interminables, bande originale piochant dans les standards oubliés, scènes chocs claquant comme des balles), il serait dommage de passer à côté de ce qui est certainement un touchant aveu d'échec de Quentin Tarantino. Sincère dans sa démarche de vouloir livrer un divertissement désuet ne se moquant jamais de ses sources d'inspirations (le cynisme facile est rejeté violemment lorsque Stuntman Mike défonce un panneau publicitaire de « Scary Movie 4 »), le réalisateur reconnaît que les films autrefois dénigrés ont fini par se transformer, sous sa caméra, en un produit tendance qu'il fait bon apprécier. Les temps ont changé, les femmes (et l'ensemble du public) aussi. Est-ce à la mort du génie Tarantino que l'on vient d'assister ? Certainement pas, tant qu'il y a aura des actrices prêtes à partager ses jeux SM et son amour véritable pour le cinéma bis.


NOTE : 5/6

# Posté le jeudi 14 juin 2007 16:43

Modifié le mardi 19 juin 2007 08:56

DESPERATE HOUSEWIVES - SAISON 3

DESPERATE HOUSEWIVES - SAISON 3
Tous les doutes étaient permis concernant l'avenir de « Desperate Housewives » au terme d'une deuxième année montrant d'évidents signes d'essoufflement de la part de Marc Cherry et de son staff de scénaristes. Intrigues faisant du surplace, transformation de Susan en boulet de compétition, manque d'interactions entre les héroïnes de Wisteria Lane, mystère ridicule des Applewhite en guise fil rouge... Pas forcément de quoi enterrer un show toujours aussi hilarant et incisif mais largement de quoi relativiser les louanges chantées lors de la découverte de la saison 1. Qu'on se rasure : le créateur de la série a entendu les critiques du public et s'est bien décidé à redresser la barre au niveau où elle aurait toujours du être.


Le premier épisode de la saison 3 affiche clairement les intentions louables puisque après une introduction fortement marquée par celle du pilote où Mary Alice se suicidait (scène choc + ménagère désespérée + humour noir + mystère), nous retrouvons Bree, Susan, Gabrielle et Lynette six mois après qu'on les ait quitté. Il pleut sur les maisons de banlieue et la voix-off nous indique que l'eau va venir purifier ce qui était sale. Comprendre par là que les auteurs vont nettoyer la série de ses erreurs passées sans pour autant les renier, l'idée étant de transformer les situations énervantes mises en place précédemment pour les rendre intéressantes. On aurait alors pu craindre que le saut dans le temps soit utilisé pour zapper les boulettes récentes (voir la saison 4 de « Nip/Tuck » qui n'évoque pas une seule fois le Carver de la saison 3) mais il n'en sera rien. Mike est toujours plongé dans le coma, Bree a noué une vraie relation avec Orson, Lynette ne s'est pas débarrassé de Keyla et Gaby ne s'est pas rabibochée avec Carlos. Installés dans leur nouvelle situation, les personnage acceptent d'aller de l'avant, ce qui permet de les faire considérablement évoluer et d'apporter le vent de fraîcheur et de nouveauté indispensable à toute série après trois années d'existence.
Première satisfaction : Susan n'est plus une grosse crétine qu'on rêve de voir mourir dans d'atroces souffrances mais est redevenue l'adorable petite maladroite des débuts, apportant un vrai souffle romantique via sa liaison avec Ian, un riche homme d'affaire anglais qu'elle a rencontré à l'hôpital au chevet de Mike. Emouvant, tendre, déchiré par la perte de leur moitié respective, le couple est incroyablement attachant et on en viendrait presque à regretter le réveil du plombier sexy précipitant l'intrigue vers un triangle amoureux plus convenu, même si remarquablement bien géré puisque étroitement lié au mystère de la saison. Certes, on en est un peu toujours au même point avec Susan mais la fin de saison marquant une avancée considérable dans sa liaison avec Mike, on se dit que des perspectives inédites s'ouvrent enfin pour elle et que cela valait bien le coup d'attendre.


Plus ancrée dans la réalité, Lynette voit sa vie subir de violentes secousses avec le rêve de Tom qui souhaite ouvrir une pizzeria. Alors que la saison 1 tournait exclusivement autour de sa difficulté à assumer son rôle de mère au foyer et après que la saison 2 la présentait comme une femme active accomplie, la saison 3 tente de concilier les deux bouts puisque famille et travail se retrouvent plus que jamais étroitement mêlés. Gagnant en profondeur en laissant apparaître des failles jusqu'alors dissimulées (la tentation de l'adultère), le personnage mène des luttes ordinaires (soutenir son époux, éduquer une gamine qui n'est pas d'elle et qui ne veut pas d'elle) et s'impose plus que jamais comme une héroïne du quotidien, rôle admirablement revendiqué dans le tétanisant épisode « Bang » (de loin le meilleur épisode de la série et qui relate une prise d'otage dans une supérette transformée en spectacle par les médias) ainsi que dans le face à face malsain avec un nouveau voisin soupçonné de pédophilie. Avec Lynette, c'est toute la verve critique de la série qui revient en force, quand les jolies barrières blanches du rêve américain dissimulent un profond mal de vivre.
Un mal de vivre qu'on retrouve également chez Gabrielle qui tente difficilement d'exister sans Carlos. Si l'on pouvait légitimement craindre de se lasser des minauderies d'une Eva Longoria déconnectée de l'excellent Ricardo Chavira qui l'avait toujours mise en valeur, les errements scénaristiques de mi-saison (un club de mannequinât pour gamine et le retour de Zach Youn) permettront surtout de critiquer la superficialité du mode de vie basé sur le luxe, l'argent et la beauté. Plus que jamais, « Desperate Housewives » fustige les ploucs tentant de passer pour des canons d'élégance, condamne un monde où l'argent permet d'acheter l'amour ou l'amitié et rappelle que la beauté est un sésame qui ne dure pas. L'argent et la beauté sont d'ailleurs deux sources d'un pouvoir largement remis en cause dans le dernier tiers de saison s'aventurant dans les affres politiques de Fairvew. Un pouvoir corrompu qui casse le mythe de la success story, laissant une Gabrielle plus désespérée que jamais dans sa robe de mariée. Arrachée à son conte de fée, il va bien falloir qu'elle grandisse.


Comment clôturer ce tour d'horizon de « Desperate Housewives » saison 3 sans évoquer le cas Bree Van de Kamp devenue, dès le second épisode, Bree Hodge ? Pilier phare de la série qu'elle a toujours tiré vers le haut par sa simple présence, elle est au centre du grand suspens annuel impliquant son nouveau mari ainsi que Mike Delfino. Une manière impeccable de faciliter les interactions entre les personnages et de renforcer l'intensité dramatique puisque, contrairement à l'intrigue des Applewhite, tout le monde est directement concerné par les faits. On pourra évidemment tiquer sur la remarquable coïncidence qui veut que Orson et Mike se retrouvent liés par un passé commun et débarquent tous deux Wisteria Lane, tout comme on pourra s'agacer de la facilité scénaristique qui veut que beaucoup de monde ait côtoyé la mystérieuse Monique. Heureusement, tout cela est vite éclipsé par des séquences d'une remarquable perversité impliquant la mère d'Orson et son ex-femme, incarnation virulente d'une Amérique conservatrice totalement monstrueuse. De quoi tempérer les critiques adressées à Marc Cherry, souvent accusé de véhiculer ses idées républicaines à travers sa création.
Si les deux premiers tiers de la saison parviennent à se hisser sans peine au niveau d'excellence de la saison 1 en retrouvant le parfait équilibre entre l'humour, l'émotion et le suspens, c'était sans compter sur un évènement de taille dans les coulisses du tournage qui allait sensiblement influer sur les derniers épisodes : la grossesse de Marcia Cross. Attendant un nouvel enfant, la comédienne s'est mise à enfler aux alentours de l'épisode 10, contraignant les réalisateurs à user de subterfuges grossiers pour dissimuler son ventre énorme (on ne compte plus les plans où Bree apparaît derrière une télé ou un ustensile de cuisine) avant d'employer d'affreuses doublures cadrées de dos. Congé maternité oblige, Marcia Cross finit par disparaître de la série dès l'épisode 16 et ne reviendra que pour le grand final, entraînant une sensible baisse d'intérêt du spectateur baladé entre des intrigues plus ou moins sympathiques mais auxquelles il manque ce petit supplément de folie psychorigide et de suspens (ce n'est pas la mini intrigue McCluskey qui y changera quoi ce soit) qui fait toute la différence.


En dépit de toute la bonne volonté des auteurs (dont un amusant épisode centré sur les hommes et narré par la voix-off du défunt Rex Van de Kamp) « Desperate Housewives » sans Bree, ce n'est plus tout à fait « Desperate Housewives » et il est regrettable que cette absence prolongée soit venue freiner une saison qui avait tout pour s'imposer comme la meilleure du show. Il faudra donc se contenter d'apprécier cette troisième fournée d'épisodes comme un savoureux retour aux sources permettant de boucler un cycle (Mike et Susan enfin ensemble, le suicide d'Eddie en échos à celui de Mary-Alice) tout en ouvrant des portes sur une suite qui, on l'espère, confirmera le regain de qualité amorcé ici.


NOTE : 4/6

# Posté le mardi 12 juin 2007 08:47

Modifié le mardi 19 juin 2007 08:15

GERARD BUTLER - chapitre 3

GERARD BUTLER - chapitre 3
NON, VOUS NE REVEZ PAS ! CECI N'EST PAS UNE DEFAILLANCE DE VOTRE ORDINATEUR ! IL S'AGIT BELLE ET BIEN D'UNE MISE A JOUR DU BLOG DE MERO ! Incroyable non ?

Bon, je vais pas tourner autour du pot comme une pucelle mais voilà : la bonne nouvelle : j'ai fini mon année étudiante (disons que j'aurai terminé cette après-midi quand j'aurai fait quelques photocopies pour les annexes de mon rapport de stage, que je serai allé relier mes dossiers et qu'une postière mal sappée aura envoyé mes précieux manuscrits en recommandé à mes professeurs adorés chargés de me noter (professeur qui ne seront plus trop adoré en cas de mauvaise note (super concept ces parenthèse dans les parenthèse (ouai c'est clair)). Ha oui et faut encore que je passe un oral vendredi donc bon c'est pas encore totalement fini)).
L'avantage, c'est que je vais pouvoir ENFIN mettre à jour mon blog (j'ai l'impression que ça fait une éternité qu'il est en friche!)

La mauvaise nouvelle - très relative quand même, faite pas cette tête là merde! - c'est qu'après avoir ingurgité 56 tonnes de caféines en intraveineuse, après avoir fumé 72 000 Malboro renforcé en oligo-zync, après avoir passé de longues nuits blanches à me surpasser pour offrir un travail d'étudiant consciencieux permettant de décrocher le sésame de la réussite sociale avec le diplome de master 1 Ciné (qui ouvre les portes pour bosser à Mac Do, chez Prisu et peut être même Darty : la consécration quoi) et après de longues heures de pause histoire de me détendre un peu avant de m'apercevoir que "merde il me reste plus que 5 jours pour finir mon mémoire ! meeeeeeeeeeerdeuh !!!", et bien je suis au regret de vous annoncer que je part à Paris dès ce vendredi soir. Voir des amis, renouer le lien social écrasé par ces mois de dur labeur aux côtés d'Isabelle Carré et de Gerard Butler (ha non pas lui, dommage) et après cette dernière ligne droite avant les rendus de dossiers pour la fac.

MAIS PAS DE PANIQUE Je reviens dès dimanche soir et je vous promet ma critique de Pirates des CaraIbes 2 director's cut pour lundi dans la journée (mardi au plus tard). Et celle de Pirates des Caraibes 3 suivra dans la foulée.
Bon, là vous vous dîtes sûrement "Deux mises à jours de prévues la semaine prochaine ? Wahou mais il va faire une syncop le méro !". Fous ! Manants ! Le Méro n'a pas dit son dernier mot ! Tel un Sarkozy en campagne, je vous annonce également une petite fournée de série télé avec la saison 3 de Desperate Housewives, la saison 3 de Lost, la saison 6 de 24 et la saison 1 de OZ (pour Dexter, faudra patienter encore un petit peu). En revanche, n'attendez pas de ma part un traitre mot sur le Death Proof de Tarantino : je refuse d'écrire quoique que ce soit sur "ce film Grindhouse qu'on refuse de sortir en double feature parce que les français n'ont pas la culture du Grindhouse mais on va mettre "Un Film Grindhouse" quand même dans le titre, ça va le faire moi je dis" (copyright : Jean-Michel, directeur commercial chez TFM et amant caché des frères Weinstein). Du moins, je n'écrirai rien sur le film avant d'avoir pu voir le segment de Rodriguez et le Grindhouse project tel qu'il était conçu à la base. Pas avant un bon moment donc.


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Je dois bien vous avouer que là tout de suite, après les nuits blanches que je me suis mangé dans les dents, avec les grosses baloches qui pendant sous les yeux qui ressemblent à des steaks (si je voyais ma mère ce week-end, à tout les coups elle me redemanderait si je me drogue), ben j'ai plutôt envie d'expédier cette mise à jour sans vous beurrer la raie avec des bande-annonce. Et ça tombe bien vu que y a rien eu de bien folichon depuis mon dernier post dédicacé Butler (avec un B comme Bi....). Par contre, vu que je comptais déjà le faire depuis un petit moment, j'en profite pour faire la promo d'un excellent blog dédié à un de mes critiques ciné favoris : YANNICK DAHAN.
Ancien critique pour Mad Movies, le père Dahan est un des derniers vestiges de la critique grande gueule qui ne manie pas la langue de bois, balance des avis tranchés sur les films, défend bec et ongle le cinéma de genre et fustige la bobo attitude. Sans posséder la rigueur analytique et les connaissances encyclopédique d'un Rafik Djoumi (the critique que je vénère, ancien de Mad lui aussi), Dahan anime une émission sur Ciné Cinéma : Opération Frissons. Une émission qui bouscule l'univers cul serré du critique ciné à la télé, un véritable antidote à tous les Laurent Weil du monde. Une émission au ton direct, rigolard, anar, mais aussi argumenté et intelligent. En gros, tout ce que j'aime.
N'hésitez pas à faire un saut (et même plusieurs, tiens ! Et puis mettez-le en page d'acceuil d'Internet Eplorer aussi!) sur ce blog : vous pourrez y télécharger ses excellentes émissions. Même si le père Dahan irrite un peu par moment tant sa surexcitation donne parfois l'impresion qu'il aggresse le spectateur, il devient vite attachant quand on commence à connaître son style et ses goûts. Et il suffit de lire les 2 interviews postées dans la rubrique "Dahan" pour se prendre de sympathie pour ce type de mec finalement bien trop rare (unique?) à la télévision.

Bref, Yannick Dahan, c'est bien. Mangez-en. Surtout que ça va pas durer, le bonhomme préparant le tournage de son premier long-métrage - avec des zombis, miam ! - prévu l'an prochain et mettant donc son émission en stand-by.


Sur ce, bon week-end à tous, soyez sages jusqu'à lundi et n'oubliez pas : la mode c'est amusant et tout ça mais il faut vraiment faire quelque chose pour la forêt tropicale et tout ça.

# Posté le vendredi 08 juin 2007 05:56

Modifié le vendredi 08 juin 2007 06:23

PIRATES DES CARAIBES - JUSQU'AU BOUT DU MONDE

PIRATES DES CARAIBES - JUSQU'AU BOUT DU MONDE
L'introduction du troisième épisode de « Pirates des Caraïbes » a de quoi surprendre tant le studio Disney ne nous avait guère habitué à distiller autant de noirceur dans le cadre bien délimité du gentil divertissement familial. Alors qu'un commandant de Lord Beckett lit un texte promulguant la suppression de toute liberté, des individus suspectés de connaître des corsaires sont pendus par groupes successifs à un rythme métronomique conférant à ces exécutions une violence industrielle et déshumanisée. Parmi les futures victimes : un enfant, figure innocente renvoyant directement à la première cible du public visé. La voix chevrotante et la corde au cou, le garçon commence à entamer une chanson reprise en ch½ur par l'assemblée des condamnés. Un chant de défi raisonnant comme un appel à la rébellion contre l'ordre mis en place avant qu'il ne soit trop tard. « Jusqu'au Bout du Monde » hisse d'emblée la bannière de la subversion.


Comme c'était le cas pour les deux précédents volets, « Pirates des Caraïbes 3 » embraye directement après son générique sur le personnage d'Elizabeth Swann, habillée comme un homme et à voguant sur les eaux de Singapour. Alors qu'on l'avait découverte petite fille riche rêvant de s'évader, Elizabeth est devenue l'incarnation de la femme forte capable de s'imposer et d'exister (elle sera même proclamée Reine des Pirates) dans un univers majoritairement masculin, sans pour autant renier sa féminité (dont elle joue fortement pour manipuler Sao Feng). A travers elle, les scénaristes sont parvenus à résumer toute la thématique de leur saga : il ne faut jamais cesser de rêver et ne pas se laisser enfermer par les conventions sociales dictant le rôle que l'on doit avoir dans la société. Un message qui se sert du mode de vie des pirates basé sur l'aventure et la satisfaction de ses propres intérêts pour critiquer notre époque contemporaine où les politiciens mettent tout en place pour empêcher les citoyens de penser par eux-mêmes.
Un parfum de fin d'une époque plane tout au long de ce voyage « Jusqu'au Bout du Monde ». La compagnie des Indes a étendu son emprise jusqu'à mettre certains corsaires à son service (Davy Jones et l'équipage du Hollandais Volant forcés d'obéir aux ordres). Lord Beckett veut s'imposer sur les mers comme une multinationale. Les distances se sont réduites, la communication s'est accélérée et il ne reste plus grand-chose à découvrir ou à explorer. La modernité est en marche, assassinant du même coup toute part d'imaginaire, telle la dépouille du colossal Kraken tristement échouée sur une plage. Pour contrer contre cette force écrasante, Jack Sparrow et le fraîchement ressuscité Barbossa décident de réunir la Confrérie des Pirates dispersés aux quatre coins du globe dans le but de mener leur ultime bataille où se jouera leur avenir... et celui du rêve.


Bien que le scénario de ce troisième « Pirates des Caraïbes » ait été largement improvisé sur le plateau de tournage, l'impression de bâclage s'est largement estompé en comparaison avec celui du précédent volet en totale roue libre. Non pas que la construction narrative soit soudainement devenue plus fluide (c'est toujours un bordel sans nom excessivement bavard où les jeux d'alliances et de trahisons n'en finissent plus) ou que les nouveaux éléments mythologiques bénéficient enfin d'un développement correct (voir le traitement indigne infligé à Calypso) mais les enjeux dramatiques se sont resserrés pour se mettre au service d'une puissante thématique sur le pouvoir des rebelles rêveurs contre un ordre de bureaucrates ne pensant qu'à contrôler tous les citoyens. Durant pratiquement trois heures de projection, il n'est question que de ça : repousser les limites de soi-même en voyageant vers de lointaines contrées (un sympathique détour par Singapour) ou en explorant les limites du monde terrestres (remarquables séquences oniriques dans l'au-delà).
Au diable la raison ! Toute l'équipe du film prône la folie furieuse à travers la figure de Jack Sparrow, dernier rempart contre le politiquement correct. Comme s'il avait contaminé toute la trilogie (idée appuyée par la prolifération de doubles imaginaires), le héros incarné par Johnny Depp s'est imposé comme un modèle de subversion, un alcoolique notoire doublé d'une grande folle et qui, à force de manipuler son entourage, a fini par le façonner à son image. Une des preuves de cette transgression des modèles véhiculés par la société se trouve dans le mariage entre Will et Elizabeth : alors que « le Secret du Coffre Maudit » s'ouvrait sur une vision clichée – même si avortée - de la cérémonie religieuse, c'est au milieu d'un Enfer de boulets de canons et de créatures monstrueuses que les deux jeunes gens échangeront enfin leur v½ux, sous la bénédiction du capitaine Barbossa.


Là réside certainement la plus grande force de la trilogie « Pirates des Caraïbes ». En dépit de son manque flagrant de rigueur narrative (la bataille finale, aussi spectaculaire soit-elle, n'en demeure pas moins frustrante tant elle fait abstraction de toute la mise en place qui précède), la saga produite par Jerry Bruckeimer souffle un vent de liberté avec un humour anar, et un esprit rock and roll revendiqué par l'apparition amusante de Keith Richard. Un véritable appel au renversement des valeurs (le retournement n'est-il pas l'enjeu d'une des séquence-clef du film ?) et revendiquant, notamment par des hommages au cinéma de Sergio Leone et Ray Harryhausen, le Cinéma comme moyen de triompher du cynisme de notre époque contemporaine aseptisée.


NOTE : 4/6

# Posté le jeudi 31 mai 2007 08:34

Modifié le mercredi 13 juin 2007 09:38