UNDERWORLD

UNDERWORLD
Imaginez que vous croisiez dans un bar un magnifique brun ténébreux ou une mystérieuse blonde plantureuse, incarnation parfaite de vos fantasmes les plus inavouables. Soudain, l'incroyable se produit : l'objet de vos désirs refoulés s'approche de vous, vous caresse la main et se met à vous susurrer quelques cochonneries à l'oreille. Une érection monte, les tétons pointent, bref, vous sentez que vous allez vivre la nuit la plus mémorable de votre existence. Et là, au moment de passer à l'acte, vous découvrez que la personne en face de vous cachait un corps couvert de mycoses sous son blouson en cuir ou sa robe. On s'est bien foutu de votre gueule et ce n'est pas encore ce soir que vous allez tirer votre coup. Maintenant, imaginez que toute cette frustration et cette vision d'horreur devienne un film. Ne cherchez plus, il existe et il s'appelle « Underworld ».


A la base, le concept du premier film de Len Wiseman a tout pour rallier à sa cause le spectateur déviant comme l'amoureux du cinéma fantastique. Au milieu d'une guerre opposant depuis plusieurs siècles les vampires aux loups-garous, deux amants maudits rejouent Roméo et Juliette. Romance et action, pitch simple mais efficace : la recette du bonheur en somme. Seulement voilà, ce n'est pas tout d'avoir un postulat de départ à faire bander un mort, encore faut-il être capable de le développer correctement. Premier problème : « Underworld » ne repose sur aucune mythologie, comme si le simple fait de mettre des lycanthropes face à des suceurs de sang suffisait à établir les bases d'un univers accrocheur et cohérent. Durant plus de deux heures de métrage, nous ne comprendrons strictement rien au fonctionnement de différents clans (D'où viennent-ils ? Comment vivent-ils ? Pourquoi les maîtres vampires sont-ils enfermés sous terre ?) et ne saisiront à aucun moment les motivations des protagonistes, chacun d'entre eux se résumant à une fonction grossière (le méchant, le traître, le beau gosse, l'héroïne au joufflu parfaitement moulé dans un futal gothique et qui se bat vachement bien). Aucune implication n'est possible tant le potentiel émotionnel est tué dans l'½uf par l'incapacité totale du scénariste à clarifier les enjeux de son récit.
Second problème : Len Wiseman ne sait pas aller à l'essentiel et cumule tous les problèmes d'écriture possible et imaginable, diluant son film sur deux longues heures qui paraissent en faire quatre. On ne compte plus les rebondissements stériles baladant Kate Beckinsale et Scott Speedman d'un décors à l'autre, les éléments scénaristiques ne débouchant sur rien (les balles à UV qui ne serviront pas une seule fois) ou les utilisations foireuses de la voix-off ne servant qu'à masquer l'incapacité de l'auteur à raconter correctement son histoire. Noyée sous une accumulation de bavardages somnolents, l'histoire d'amour qui aurait du être le coeur émotionnel du récit se voit expurgée de toute dimension tragique et se réduit à une succession de scènes archétypales sans grands intérêt.


A la rigueur, pour peu que l'on soit d'humeur joyeuse, ces lacunes narratives auraient pu s'effacer devant la jouissance d'un spectacle con mais bourrin. Hélas ! « Underworld » est un film qui ne s'assume pas. Pompant son esthétique à droite à gauche (« The Crow », « Matrix » et « Blade » font visiblement partis des ½uvres cultes du réalisateur) dans le vain espoir d'insuffler un esprit goth à son univers bancal, Len Wiseman ne s'en tient jamais à son accroche fantastique et résume les rares affrontements entre vampires et loups-garous à quelques gunfight mou du cul plutôt que de privilégier les affrontements saignant au corps à corps. Ces derniers sont d'ailleurs systématiquement désamorcés, que ce soit pas des cut violents nous privant des mises à mort sanglante (un loup-garou ouvrant la gueule en gros plan accompagné d'un rugissement sonore et hop, scène suivante) ou par des facilités honteuses (le coup du vampire dont le fouet est coincé).
Incapable d'apporter le moindre dynamisme à ses scènes d'action (successions de champ/contre-champ donnant l'impression que les acteurs tirent dans le vide, avec quelques ralentis hors sujet pour faire tendance), Len Wiseman tente de maintenir l'illusion d'une tension constante en recourant à un mixage sonore proprement assourdissant, abusant du caisson de basse certainement dans le but de nous empêcher de dormir. Son incompétence technique atteint son apogée lors des horribles séquences de flash-back qui font saigner les oreilles et piquent les yeux tant le montage à la serpe et les effets de flous dégueulasses rendent l'image illisible (au point que des personnages se chargeront de bien nous expliquer ce qu'on était censé distinguer). Que reste-t-il alors à sauver de cette bouillabaisse indigeste vaguement rococo ? Pas grand-chose en fait. Peut être la photo monochrome d'un bleu glacial, quelques transformations de lycanthropes bénéficiant du travail impeccables de l'incontournable Patrick Tatopoulos et le charisme d'une Kate Beckinsale se débattant avec le peu de consistance de son personnage, aidée il est vrai par sa relation privilégiée avec un réalisateur la mettant plutôt bien en valeur au détriment du reste du casting (Monsieur et Madame sont mariés à la ville).


Des loups-garous se mettant sur la gueule avec des vampires, ce n'était pourtant pas bien compliqué. Il faut croire que Len Wiseman, ayant en tête de développer une trilogie (le chapitre suivant est annoncé à la fin du premier film), a préféré poser les fondations branlantes de son projet dans l'attente de répondre plus directement aux attentes du public ultérieurement. En attendant qu'il gagne en expérience, il est préférable de se replonger dans la générosité abondante d'un « Blade 2 » autrement plus réjouissant que cet « Underworld » mortellement chiant et putassier.


NOTE : 1/6

# Posté le dimanche 01 juillet 2007 21:06

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 10:23

LOST - SAISON 3

LOST - SAISON 3
(légers) SPOILERS

Difficile de faire plus efficace en guise d'introduction que ce début de saison 3 de « Lost » ! De primes abords, rien de bien transcendant puisqu'en dépit des habituels symptômes du flash-back de présentation (gros plan sur l'½il d'une jeune femme jamais vue jusqu'alors) et d'une légère impression de déjà vu (Petula Clark remplace Mama Cass en musique de fond en échos à l'ouverture de la saison 2), l'inconnue qui s'active devant nous semble davantage sortir d'un épisode de « Desperate Housewives » que de l'île étrange où se baladent des ours polaires et un monstre de fumée noire. Préparation de cookies, rangement du salon, visite d'une gentille voisine et, pour finir, réunion d'un club de lecture. Banal...jusqu'à ce qu'un tremblement de terre perturbe la réunion et pousse la troupe à sortir voir ce qui se passe dehors. Apparaît alors le visage familier d'Henry Gale (choc 1) levant les yeux au ciel, entendant un son assourdissant : le Vol Oceanic 815 vient de se séparer en deux parties et s'apprête à s'écraser (choc 2). La caméra s'éloigne et dévoile, caché dans les montagne, le Wisteria Jungle de ceux qu'on prenait autrefois pour d'inquiétants indigènes (choc 3). L'Enfer, c'est les Autres ?


Grand exercice de démystification d'une menace autrefois invisible et pourtant terriblement palpable, la troisième saison de « Lost » lève une partie du voile qui planait sur la communauté des enleveurs d'enfants. Sorte de scientifiques étudiant Jack, Kate et Sawyer enfermés dans des cages, les Autres se révèlent vite être des adeptes de la torture mentale. Connaissant tout des leurs cobayes, ils les manipulent sournoisement pour parvenir à leurs fins et les amener là où ils en ont envie. Comprendre par là que les scénaristes opèrent une véritable mise en abîme de leur histoire puisqu'ils agissent de la même manière sur le public de la série. Les mensonges de Ben Linus deviennent ceux des auteurs masquant une partie de la Vérité à leurs personnages principaux devenu les référents du public. L'épisode 4 témoigne de cette note d'intention lorsque Sawyer, autrefois roi des arnaqueurs, se fait totalement avoir par plus ceux qui le retiennent avant d'être mis en face d'une horrible évidence : il est bloqué sur un site B comparable à la prison d'Alcatraz et ne peut regagner l'île d'où il vient. Une révélation qui sonne comme une mise en garde à tous les fans de la série et que l'on pourrait résumer ainsi : « à tous les petits malins qui échafauderont des théories en pensant percer le secret de l'île, sachez que nous, scénaristes, aurons toujours une longueur d'avance et que nous nous arrangerons pour vous mener exactement là où nous le souhaitons ». Dès lors, il conviendra de prendre avec précaution chaque rebondissement potentiellement énorme puisque chacun d'entre eux aura pour but de donner libre cours à des hypothèses improbables (d'où viennent les flashs de Desmond prévoyant la mort inévitable de Charlie ?), de ressusciter des théories largement dépassées (le Purgatoire n'est plus d'actualité depuis longtemps), ou d'en faire tomber d'autres dans un ultime pieds de nez (la scène finale de la saison, terrifiante et prouvant que « Lost » a encore un potentiel énorme à exploiter).


Pourtant, ceux qui tirent les ficelles du show ne cherchent pas véritablement à masquer les rouages de leur création. Si on se souvient que le pilote citait ouvertement à « Alice aux Pays des Merveilles » au détour d'une séquence où Locke mâchouillait une peau d'orange, il fallait tenir compte de ce que cette référence impliquait. En effet, l'½uvre de Lewis Carroll n'était pas tant un voyage vers un monde fantastique qu'une remise en question de la logique et de la raison, Alice voyant ses certitudes voler en éclats les unes après les autres au fil des péripéties. Incapacité à se rappeler son identité, chat capable d'apparaître comme bon lui semble, doute sur la réalité de son environnement... Autant d'éléments trouvant un échos dans « Lost » et prouvant que la série agit sur le spectateur de manière à ce que la perception de ce qu'il regarde varie constamment au fil de son intuition. Ce n'est pas un hasard si, derrière le pseudonyme de Lewis Carroll se cachait le Professeur Charles Lutwidge Dogson, un des pères de la logique moderne qui a démontré qu'il était possible de créer un univers cohérent à partir d'une proposition incohérente. Les scénaristes ayant annoncé que tous les mystères de l'île trouveraient une explication scientifique, on peut légitimement penser qu'ils tiendront parole, de nombreux éléments dispersés autrefois trouvant une résolution si évidente cette saison qu'on se demande pourquoi on y avait pas pensé plus tôt (le requin marqué Dharma, l'identité du père de Sawyer dans le terrible épisode 19, le câble trouvé dans le sable par Sayid dans la saison 1, le cheval de Kate). Le double épisode final citant ouvertement une autre ½uvre phare de Carroll (« Through the Looking Glass », la suite d' « Alice aux Pays des Merveilles »), on déduira que la narration de « Lost » opère comme une partie d'échec (l'un des enjeux du roman) vouée à mettre le public chaos et que l'arrêt du fonctionnement de la station Miroir, destinée à bloquer les communications de l'île avec l'extérieur, opère symboliquement comme la fin d'une ère de doute : l'île est bien réel et il est désormais possible de la trouver.


Mettant fin à bons nombres des théories les plus répandues sur la toile, les scénaristes amorcent le début d'une guerre déclarée aux Autres par les survivants de la plage pour quitter l'île. Une guerre menée logiquement par Jack (à la fin de l'épisode 10 de la saison 2, il envisageait déjà de lever une armée) et annoncée dès le début de la saison par le titre du premier épisode : « A tales of Two Cities », renvoie explicite à un roman de Charles Dickens traitant des valeurs socio-politiques de la Révolution Française de 1789. Comme si l'heure n'était plus aux interrogations et à la soumission, les survivants du crash du Vol 815 commencent enfin à être maître de leur destin et se décident à lutter contre ceux qui les ont opprimés. Ainsi, l'épisode 11 fait un clin d'½il direct à B.F. Skinner, psychologue ayant étudié le conditionnement humain, puisqu'on y retrouve une barrière magnétique sortie tout droit de « Walden Two », essai utopique dont un passage évoque des moutons n'osant s'approcher d'une clôture dont le système électrique est pourtant coupé (parce qu'ils sont conditionné par la peur et qu'ils ne se demandent pas le pourquoi de cette barrière). C'est justement parce que les héros de la série cherchent enfin à comprendre le « pourquoi » qu'il seront capables de s'affranchir de leur position d' « esclaves ».
Plus que jamais, « Lost » puise dans les récits bibliques ou mythologiques pour marquer le caractère symbolique de l'île. Outre le parcours de Desmond assimilé à celui d'Ulysse coincé sur l'île du Cyclope (l'intrigant Mikhaïl Bakounine dont le nom est emprunté à un philosophe russe ayant élaboré la théorie politique de l'anarchie) dans l'attente de retrouver sa Pénélope, c'est du côté du « Nouveau Testament » que les scénaristes lorgnent sérieusement. Avec un mystérieux Jacob dont le fils spirituel n'est autre que Benjamin et un Jack Sheppard surnommé Moïse dans l'épisode final (un Jack dont on apprend les liens de parenté avec Claire dont le bébé s'appelle... Aaron. Tout est lié), c'est sur la route de la Terre Promise que les auteurs s'engagent.


Au-delà du divertissement, la saison 3 de « Lost » invite le spectateur à se soustraire à toute forme de conditionnement et à scruter les multiples symboles et références glissées ici et là pour comprendre le « pourquoi » de l'Expérience « Lost » (nom d'un jeu lancé sur la toile dévoilant quelques informations sur l'initiative DHARMA et la fondation Hanso). Ce n'est qu'en s'élevant spirituellement qu'il pourra gagner son humanité, même si de nombreuses zones obscures persistantes et des mystères irrésolus entravent encore son cheminement intellectuel. A l'heure actuelle, ABC a annoncé la fin de la série au terme de trois nouvelles saisons de 16 épisodes chacune (ce qui revient au même que les 2 ultimes saisons de 24 épisodes envisagées initialement par les scénaristes). La Vérité n'est plus très loin...


NOTE : 5/6

# Posté le vendredi 29 juin 2007 19:31

Modifié le lundi 02 juillet 2007 20:52

24 HEURES CHRONO - SAISON 6

24 HEURES CHRONO - SAISON 6
SPOILER SPOILER SPOILER

Tous ceux qui croyaient naïvement que le brillant cliffangher de la cinquième saison de « 24 Heures Chrono » allait déboucher sur un vrai renouveau de la série peuvent aller se coucher. Si la perspective de retrouver un Jack Bauer retenu prisonnier et torturé en Chine était des plus excitante, c'était oublier un peu vite que les scénaristes du show avaient toujours été une belle bande de feignasses incapables de tenir leurs promesses. La fin de la saison 2 n'avait eu aucune suite dans la 3ème , la conclusion de la saison 4 n'avait été qu'un effet d'annonce foireux ne débouchant sur rien d'autre que du vent... Logiquement, il en va de même pour cette sixième journée où tout revient à la normal dès la fin de l'épisode d'introduction, avec la routine habituelle faîte de menaces nucléaires, de Jack Bauer en unique sauveur de l'Amérique et de Président dépassé par les évènements. Sauf que cette fois, la formule ne passe plus du tout.


Pourtant, ça ne commençait pas si mal puisqu'un an et demi après la trépidante affaire impliquant Charles Logan dans un complot avec des terroristes russes, nous retrouvons le frère du défunt David Palmer à la tête de la Maison Blanche et avec une crise sans précédent à gérer. Les Etats-Unis sont victimes d'une vague d'attentats depuis 11 semaines et la panique a gagné la population. Des bombes éventrent les bus, des kamikazes se font sauter dans le métro, la paranoïa est alimentée par les médias diffusant en boucle les atrocités quotidiennes... On a pas l'habitude d'entrer de plein fouet dans ce climat anxiogène et on admire l'audace des auteurs qui semblent amorcer une réflexion sur les mesures sécuritaires en période d'état de siège. Privation des libertés individuelles, fichage de tous les musulmans assimilés à des terroristes potentiels, ouverture de camps de détention provisoire... Le temps d'une sous intrigue qui se révèlera totalement inutile, l'ombre de Guantanamo plane sur la série et le staff du bureau ovale se retrouve partagé entre une volonté d'imposer des méthodes fascisantes et désir de s'allier avec un ancien représentant de l'Axe du Mal ayant abandonné ses conventions intégristes. Sévèrement meurtrie et épuisée, l'Amérique semble ne pas pouvoir se relever, à l'image de Jack Bauer, fantôme sacrifié par le Président lui-même et qui présente des cicatrices profondes sur tout le corps. Le point de non retour sera atteint à la fin du quatrième épisode, lorsqu'une bombe nucléaire finira par éclater dans un quartier de Los Angeles, créant des mouvements de panique au sein de la population terrorisée. Observant la scène à quelques kilomètres, Jack Bauer fond en larmes et abandonne tout espoir, lui qui venait de tuer un de ses amis quelques minutes plus tôt, tout ça pour rien. Seul le goût de la gerbe lui reste dans la bouche.


Après cette fulgurante entrée en matière, « 24 Heures Chrono » aurait pu questionner la notion toute relative d'héroïsme dans un contexte de tragédie absolue, en sondant notamment les ambiguïtés morales que de telles situations désespérées engendrent sur les populations (sauver sa peau à tout prix quitte à écraser les autres au passage) ou en suivant les équipes de secours impuissantes envoyées sur les lieux de la catastrophe. Hélas, il n'en sera rien. Préférant s'en tenir au schéma mille fois vu et revu de la chasse aux terroristes, les scénaristes balancent leur postulat de départ à la poubelle comme s'il n'avait servi que de grand coup marketing. En une phrase, on nous explique que le nuage atomique a été emporté loin de la ville (un peu comme les retombées radioactives de Tchernobyl qui s'arrêtaient aux frontières de la France), autorisant les personnages principaux à continuer leurs petites affaires comme si de rien n'était pendant que les habitants de la ville ne s'affoleront que le temps d'une séquence de 5 minutes (la circulation routière est drôlement fluide pour un jour d'explosion nucléaire). Rédigeant leur scénario à l'arrache sur le coin d'une nappe, les auteurs préfèreront nous resservir une louche de romance lourdingue à la Cellule Anti Terroriste (Chloé pardonnera-t-elle à Morris d'avoir aidé des terroristes sous la torture et de noyer son malheur dans l'alcool acheté à la supérette du coin ?), resserviront des tonnes d'idées déjà exploitées dans les précédentes saisons (la secrétaire du vice-président dans un remake de l'amant/espion de la saison 1), se vautreront dans le n'importe quoi pour le plaisir de tout faire péter (pour prendre en otage la CAT, il suffit de passer par les égouts) et feront revenir d'anciennes stars du show dans le seul but de les faire mourir comme des merdes (voir le traitement indigne réservé à Milos et Logan).


De la réalisation novatrice de la première saison il ne reste plus rien (les split-screen ne servent désormais qu'à annoncer la coupure pub). Sean Callery se contente de refourguer paresseusement ses anciennes compositions musicales, l'intégralité du casting se distingue par sa transparence (la psychologie des protagonistes est sommaire pour ne pas dire totalement absente, à commencer par les méchants aux motivations proches du néant) et le concept de temps réel se résume à un gadget permettant d'habiller la série avec le joli chronomètre jaune à intervalle régulier. Bref, personne ne semble se préoccuper de ce qui se passe sur l'écran, aussi bien les personnages, plus intéressés par leur vie privé que par la mort de 120 000 concitoyens, que l'équipe de tournage ou les téléspectateurs somnolant pendant les trois quarts de cette sixième course contre la montre.
Dans ce grand gâchis où les facilités à base de « nous avons intercepté comme par hasard un appel suspect » sont légions, seul Jack Bauer reste encore un élément digne d'intérêt. Eternel martyr devenu l'ombre de lui-même et avançant inexorablement vers la mort, l'homme a perdu tous ses proches et a abandonné toute identité sociale en Chine jusqu'à vendre son âme pour sauver son ingrate patrie. Dommage que pour brosser ce triste bilan d'un héros fantôme au bord du gouffre (au sens propre comme figuré) les scénaristes se soient sentis obligés de transformer « 24 Heures Chrono » en saga familiale digne des « Feux de l'Amour ». Il y avait d'autres moyens pour raconter la lutte intérieure d'un homme contre ses pulsions violentes qu'en balançant une révélation minable sur l'existence d'un frangin maléfique (qui n'est autre que le chef du gang des oreillettes de la saison 5) ou en parachutant un papa Bauer terroriste dont l'attitude totalement incohérente va enfoncer la saison dans les tréfonds de la médiocrité lors des 6 derniers épisodes dont les enjeux reposent sur un Kim Bauer au masculin.


La sixième saison de « 24 Heures Chrono » est la preuve ultime que les scénaristes n'ont plus aucun scrupule à prendre le public pour un con (on en avait déjà eu un bel aperçu avec la pathétique saison 4), préférant lui resservir sans cesse la même soupe en pensant que l'image de marque de la série masquera le goût de merde. Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un oeil aux minis épisodes dérivés conçus pour lancer et conclure la saison, véritables arnaques dont l'unique intérêt est de faire la pub pour Toyota et American Express. Heureusement, les fortes chutes d'audiences constatées tout au long de la saison ont prouvé que les fans n'étaient pas encore totalement aveugles, poussant même les showrunners à faire leur mea culpa et à admettre leurs erreurs. Espérons qu'ils sauront enfin tirer les conclusions qui s'imposent, sans quoi la 7ème journée en préparation risque bien de franchir une nouveau pallier dans le déclin qualitatif.


NOTE : 2/6

# Posté le mercredi 27 juin 2007 20:54

Modifié le jeudi 28 juin 2007 23:31

GERARD BUTLER - chapitre 4

GERARD BUTLER - chapitre 4
20 minutes. C'est le temps que j'ai tenu devant « Contes de Printemps », le téléfilm France 3 Limousin d'Eric Rohmer diffusé ce soir à la télé et réalisé en 1972 (ha, on me fait signe qu'en fait ça date de 1990 seulement. Curieux). J'espérais enfin percer le secret du génie de ce monsieur hautement respectable qui redonne espoir en un cinéma viscérale et virtuose mais non, ce ne sera toujours pas pour cette fois.
Comédiens lamentables, dialogues pathétiques pseudo libertaires post-68 qu'on voudrait nous faire passer pour du marivaudage, absence TOTALE d'implication avec une réalisation se contentant d'aligner les plans fixes avec personnages bien centrés au milieu... Le travail d'une pauvre merde même pas supérieur à celui n'importe quel étudiant bidouillant son premier court-métrage sur Adobe Premiere. Mais comme môôôôsieur Rohmer a pu profiter de son poste de rédac chef aux Cahiers du Cinéma de 1957 à 1963 pour qu'on encense, ben forcément, c'est devenu une référence du cinéma française et l'un des étendards d'une exception culturelle fantasmée par une élite de pseudo intellectuels.

MEURS ERIC ROHMER, MEURS !!!!!!


Tiens, en parlant de culture : vous serez ravis d'apprendre que France 5, une des dernières chaînes à freiner le nivellement par le bas appliqué par toutes les autres chaînes hertziennes, vient de tomber le masque en annonçant la suppression à la rentrée prochaine de 6 de ses émission, dont l'incontournable « Arrêt sur Image ». « Arrêt sur Image » ou le seul programme à analyser le fonctionnement de la télé en terme d'impact sur le spectateur (étude des discours, montage, choix des couleurs, volume du son). Apprendre à lire et comprendre une image, c'est maaaaaal, qu'on se le dise.

De là à évoquer une censure remontant jusqu'au plus hautes stratosphères du pouvoir, il n'y a qu'un pas que l'on peut franchir puisque déjà depuis quelques temps, la version intégrale de chaque émission (c'est à dire avant montage pour respecter la durée de diffusion) disponible sur Internet n'existait plus. Par ailleurs, l'annonce de cette annulation n'est tombée que le lendemain de l'enregistrement de la dernière émission de la saison afin d'éviter le moindre échos sur le plateau au moment de l'enregistrement.

Du côté des dirigeants de la chaîne, on tente de nous endormir en jouant sur les mots, précisant qu' « Arrêt sur Image » sera remplacé par une autre émission d'analyse de l'actualité. Curieux puisqu' « Arrêt sur Image » n'était pas une émission d'analyse de l'actualité mais une étude du traitement de l'actualité par les médias (et une étude du fonctionnement des médias en général).

Pour montrer vous aussi votre mécontentement, n'hésitez pas à signer la pétition. Ne rêvons pas, ça ne servira à rien mais en attendant de pouvoir adresser un gros Fuck bien profond à tous les costards cravates pas fatigués de prendre les gens pour des cons, ça maintient l'illusion que la rébellion est toujours possible...


On se retrouve dans quelques instants pour mon compte rendu expéditif de la Fête du Cinéma.

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Comme tous les ans à la même période, voici que débarquent la Fête du Cinéma, ou l'opération « conduisant le spectateur à de nouvelles perspectives cinématographiques tout en lui ouvrant le porte-monnaie ». Principe : payer une première place plein tarif puis seulement 2 euros pour toute les séances suivantes. Place par ailleurs de plus en plus cher : 1F quand l'opération fut lancée, puis 10 F puis 1,5 euros et maintenant 2... Une inflation parallèle à celle des places habituelles (près de 10 euros aujourd'hui : exorbitant !) et qui ne cesse de remettre sur le tapi l'éternelle question : puisque le box-office continue d'années en années de témoigner d'une certaine vitalité, pourquoi se borner à faire grimper les prix tout en sachant qu'au bout d'un moment, certains ne pourront plus suivre ? Surtout que les divers évènements mis en place (fête du cinéma, printemps du cinéma, rentrée du cinéma) attirent toujours les masses, démontrant avec force que des tarifs plus abordables sont bons pour ramener le public et donc plus d'argent dans les caisses.
Bref, le mystère des capitalistes (qui ne se gêneront pas pour se plaindre ensuite du vilain piratage) reste impénétrable.


Bon, à part ça, qu'est-ce que je suis allé voir ? Pas grand chose. 3 films. Ne perdons pas de temps et pallons directement à l'essentiel :


* La Colline a des Yeux 2
Tout auréloé du prestige que le remake de son film vieillot par Alexandre Aja lui apporté, Wes Craven a décidé de parfaire sa réputation usurpé de maître de l'horreur en se réappropriant la franchise des mutants. Exit le réalisateur français qui avait envisagé une suite prenant pour héros des immigrés mexicains passant la frontière américaine (trop politique soit-disant), place à un yes man engagé pour mettre en image le nouveau script écris par Craven lui-même. Un script paresseux reprenant tout ce qu'on connaissait déjà (viols de femmes, mannequins tests, gentil mutants qui aident les survivants, fin ouverte, miroirs qui brillent...) sans apporter grand chose à part un côté « AlienS » avec bidasses envoyées au casse-pipe. Les dialogues sont d'une médiocrité hallucinante (« n'oublions pas ce qu'a dit le sergent : mourir ça craint »), les situations dépassent souvent la frontière du n'importe quoi (voyant un mutant dévorer des intestins sous ses yeux, un scientifiques ne trouvent rien de mieux à faire que d'engager la conversation !), la trame se contente d'aligner les déambulations de soldats (dans les collines puis dans des sous-terrains) entre deux attaques, la portée politique de l'½uvre sur la situation en Irak n'est jamais développée correctement... « La Colline a des Yeux 2 » n'est qu'un projet mercantile, comme en témoigne la chanson du générique de fin où un groupe de rock échappé des années 80 entonne un horripilant « the Hiiiiiiiiiiiiiiiills have Eeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeys ».
Reste que niveau gore, ça assure un max, avec quelques idées bien déviantes (l'homme caca), quelques effets bien beurk (le trifouillage de cervelle), une pointe de sadisme (le viol douloureux) et des mutants totalement Z. Bref, c'est nul, mais les amoureux de barbaques n'ont pas de raison de bouder leur plaisir.

NOTE : 2/6


* Steak
Nettement plus intéressant s'est révélé « Steak », OVNI déjanté de Quentin Dupieux qui donne enfin des rôles à leur mesure à Eric et Ramzy. Exit les clichés de la comédie friquée à la française : ici, c'est musique ringarde, rideaux oranges, look fashion pityables et ciel gris. On pense souvent au « Avida » Grolandais, mais en plus écris, plus drôle et moins chiant. Un portrait déjanté sur les dérives de nos sociétés consuméristes rongées par la superficialité, avec un enchaînement de répliques hilarantes (la blague sur le nuage), de trouvailles visuelles (le freez-bee télécommandé) et de situations absurdes (un kidnapping de fillette avec l'aide d'un handicapé). Fou, décalé, original et parfois même émouvant. Il y a de forte chance que la majorité des spectateurs en sorte décontenancée.

NOTE : 4/6



* Ocean's Thirteen
La bande à Danny Ocean revient. Et on s'en fout. Soderberg reprend la mise en scène classe du premier épisode (faut avouer que les hôtels de luxe font drôlement envie), inaugure une petite critique alter mondialiste sans conséquence (viva la revolution chez les mexicains) et laisse toujours ses comédiens prendre la pause. C'est divertissant, un peu chiant sur les bords... Mais c'est surtout handicapé par un script caviardé d'incohérences et de facilité du début à la fin (les héros se baladent drôlement facilement dans ce palace ultra surveillé, le coup de la foreuse est franchement bidon) avec en prime un Vincent Cassel qui sert à rien. Mais c'est toujours mieux que le précédent épisode.

NOTE : 3/6


Allez, je termine sur une citation involontairement comique dénichée sur Internet à propos de môôôônsieur Eric -j'encule les mouches-Rohmer.
"Le cinéma de Rohmer est un cinéma de la capture de la beauté du monde, non du scénario très construit ; un cinéma du fétichisme de la réalité. "

Et une dernière pour la route, volontairement drôle cette fois, à propos de ce grand critique qu'est Laurent Weil :
"Laurent Weil... Weil de l'allemand weil qui signifie parce que, serait l'explication principale du fait que Laurent ne se pose jamais de question. En effet, parce que est la réponse la plus fréquente à pourquoi, d'aucuns suggèrent avec facilité que si parce que existe il y a un pourquoi mais qui cela peut-il bien être ?"

# Posté le mardi 26 juin 2007 16:33

Modifié le mardi 26 juin 2007 21:55

ILS

ILS
Lorsque Xavier Palud et David Moreau décident de réaliser un film d'horreur, ils demandent directement à leur entourage ce qui leur fait le plus peur. La réponse revenant le plus souvent étant l'angoisse qu'un intrus entre par effraction dans leur domicile, le duo rédigent alors un scénario sur la nuit d'horreur vécue par un couple dont la maison de Bucarest est attaquée par des inconnus menaçants. Une prétendue histoire vraie comme prétexte à 1h10 de suspens tendu à base de grincements de parquet, de claquements de portes et de faisceaux de lampes torches. Minimaliste donc.


D'emblée, la démarche des deux français a de quoi susciter la méfiance puisqu'elle témoigne d'une évidente méconnaissance du cinéma de genre qu'ils prétendent aborder. En effet, quiconque ayant étudié un minimum les ½uvres majeures de ce cinéma saurait comment elles sont construites pour fonctionner en terme d'impact sur le spectateur, et n'irait jamais questionner ses amis ou sa famille pour dénicher un pitch de départ somme toute banal. Et si l'on tient également compte du passif des auteurs qui se sont rencontrés sur la série « H » (et dont l'un a le malheur d'être le fils d'Hervé Palud, génie du nanar responsable de « Mookie », « Un Indien dans la Ville » et « Albert est Méchant ») ainsi que des antécédents filmiques de la comédienne principale (Olivia Bonamy vue dans l'inoubliable « Bloody Malory »), tous les doutes étaient permis. La surprise n'en est que plus grande puisqu'en dépit d'ambitions pour le moins limitées, ou dirons-nous modestes, l'objectif est largement atteint, à savoir filer une frousse bleue au public même le plus blasé.
Optant pour une approche réaliste de leur sujet, Xavier Palud et David Moreau privilégient l'usage d'une caméra vidéo restituant avec brio une impression de réel, de la lumière crue (ou son absence) aux mouvements à l'épaule comme si l'action était prise sur le vif, à la frontière du documentaire. Du début à la fin, nous ne quitterons pas une seconde le couple de victimes, ne voyant que ce qu'ils voient, c'est-à-dire pas grand-chose, et nous retrouvant pris au piège de notre imagination face à l'écoute de bruits suspects. A l'exception de quelques ellipses dans le premier acte permettant d'avancer jusqu'au début des hostilités, nous vivrons les évènements en temps quasi réel au fil des longues déambulations dans des couloirs, une forêt ou un grenier. Pas de twist rocambolesque, des scènes d'exposition respirant la banalité quotidienne (un échange autour de pâtes), pas de motivation précise de la part des agresseurs... Une épuration totale de la narration et du style qui impose une ambiance brute et renforce l'attachement au duo crédible formé par Olivia Bonamy et Michael Cohen avec lesquels on vit la nuit de calvaire de l'intérieur.


Roublards, les réalisateurs tirent parti de leur budget limité en jouant à fond la carte de la suggestion. Limitant la durée de leur métrage à 75 petites minutes (dont 10 de prologue) afin de ne pas étirer inutilement le suspens et maintenir la tension, ils utilisent les peurs les plus primaires comme celle du noir ou de ce qui est caché pour faire fonctionner l'imagination du spectateur, parvenant même à lui suggérer le caractère fantastique des intrus (qui n'a jamais eu en tête l'image d'un monstre ou d'un fantôme en entendant tout seul le soir un bruit étrange ?). Petit à petit, les plans larges de présentation de lieux laissent place à des cadres étriqués ne permettant pas de distinguer ce qui se trouve derrière un mur ou un capot de voiture. Les bruits s'intensifient, avec un remarquable mixage sonore glissant progressivement vers des sons surnaturels, l'obscurité envahie l'image au fil des minutes, le visage des agresseurs est constamment masqué avant le dénouement, ne laissant apparaître que des pieds ou des silhouettes encapuchonnées sans identité, la caméra devient de moins en moins stable à mesure que la panique gagne les acteurs, le montage s'accélère...
Basique dans sa conception, « Ils » se contente de reprendre toute les recettes et les ficelles les plus éculées de n'importe quel slasher de base, jusqu'à son ouverture classique en voiture. Au point que l'on a parfois l'impression d'assister à une compilation du genre, avec une scène de télé en marche, une autre avec des bâches ou encore un sempiternel coup de téléphone inquiétant. Pourtant, l'ensemble fonctionne admirablement parce que les auteurs ne veulent rien faire d'autre que de jouer avec le public comme les méchants de leur histoire jouent avec leur proie. Lancé de boue sur une vitre, lumière de lampe torche employées comme quand on s'éclaire le visage pour raconter une histoire qui fait peur, coup de poing dans un mur pour effrayer la victime plutôt que l'attraper tout de suite... Tout est bon pour emballer le rythme cardiaque des spectateurs et le jeu du chat et de la souris paraîtrait bien vain si le traitement au premier degré n'instaurait pas une véritable atmosphère malsaine qui nous asphyxie jusqu'au dénouement macabre.


Reste qu'il manque un véritable supplément d'âme pour inscrire « Ils » au panthéon des plus grands films de flippe. Là où, par exemple, une ½uvre comme « Duel » savait tirer vers le haut son intrigue rachitique en la doublant d'une réflexion sur la place de l'homme dans la société de l'époque, Xavier Palud et David Moreau se sont limités, pour leur premier long-métrage, à livrer un exercice de style sobre et efficace utilisant toujours au bon moment ses effets pourtant éculés. Leur maîtrise technique est évidente. Mais ils n'ont rien inventé.


NOTE : 4/6

# Posté le vendredi 22 juin 2007 02:15

Modifié le lundi 25 juin 2007 22:38