A la base, le concept du premier film de Len Wiseman a tout pour rallier à sa cause le spectateur déviant comme l'amoureux du cinéma fantastique. Au milieu d'une guerre opposant depuis plusieurs siècles les vampires aux loups-garous, deux amants maudits rejouent Roméo et Juliette. Romance et action, pitch simple mais efficace : la recette du bonheur en somme. Seulement voilà, ce n'est pas tout d'avoir un postulat de départ à faire bander un mort, encore faut-il être capable de le développer correctement. Premier problème : « Underworld » ne repose sur aucune mythologie, comme si le simple fait de mettre des lycanthropes face à des suceurs de sang suffisait à établir les bases d'un univers accrocheur et cohérent. Durant plus de deux heures de métrage, nous ne comprendrons strictement rien au fonctionnement de différents clans (D'où viennent-ils ? Comment vivent-ils ? Pourquoi les maîtres vampires sont-ils enfermés sous terre ?) et ne saisiront à aucun moment les motivations des protagonistes, chacun d'entre eux se résumant à une fonction grossière (le méchant, le traître, le beau gosse, l'héroïne au joufflu parfaitement moulé dans un futal gothique et qui se bat vachement bien). Aucune implication n'est possible tant le potentiel émotionnel est tué dans l'½uf par l'incapacité totale du scénariste à clarifier les enjeux de son récit.
Second problème : Len Wiseman ne sait pas aller à l'essentiel et cumule tous les problèmes d'écriture possible et imaginable, diluant son film sur deux longues heures qui paraissent en faire quatre. On ne compte plus les rebondissements stériles baladant Kate Beckinsale et Scott Speedman d'un décors à l'autre, les éléments scénaristiques ne débouchant sur rien (les balles à UV qui ne serviront pas une seule fois) ou les utilisations foireuses de la voix-off ne servant qu'à masquer l'incapacité de l'auteur à raconter correctement son histoire. Noyée sous une accumulation de bavardages somnolents, l'histoire d'amour qui aurait du être le coeur émotionnel du récit se voit expurgée de toute dimension tragique et se réduit à une succession de scènes archétypales sans grands intérêt.
A la rigueur, pour peu que l'on soit d'humeur joyeuse, ces lacunes narratives auraient pu s'effacer devant la jouissance d'un spectacle con mais bourrin. Hélas ! « Underworld » est un film qui ne s'assume pas. Pompant son esthétique à droite à gauche (« The Crow », « Matrix » et « Blade » font visiblement partis des ½uvres cultes du réalisateur) dans le vain espoir d'insuffler un esprit goth à son univers bancal, Len Wiseman ne s'en tient jamais à son accroche fantastique et résume les rares affrontements entre vampires et loups-garous à quelques gunfight mou du cul plutôt que de privilégier les affrontements saignant au corps à corps. Ces derniers sont d'ailleurs systématiquement désamorcés, que ce soit pas des cut violents nous privant des mises à mort sanglante (un loup-garou ouvrant la gueule en gros plan accompagné d'un rugissement sonore et hop, scène suivante) ou par des facilités honteuses (le coup du vampire dont le fouet est coincé).
Incapable d'apporter le moindre dynamisme à ses scènes d'action (successions de champ/contre-champ donnant l'impression que les acteurs tirent dans le vide, avec quelques ralentis hors sujet pour faire tendance), Len Wiseman tente de maintenir l'illusion d'une tension constante en recourant à un mixage sonore proprement assourdissant, abusant du caisson de basse certainement dans le but de nous empêcher de dormir. Son incompétence technique atteint son apogée lors des horribles séquences de flash-back qui font saigner les oreilles et piquent les yeux tant le montage à la serpe et les effets de flous dégueulasses rendent l'image illisible (au point que des personnages se chargeront de bien nous expliquer ce qu'on était censé distinguer). Que reste-t-il alors à sauver de cette bouillabaisse indigeste vaguement rococo ? Pas grand-chose en fait. Peut être la photo monochrome d'un bleu glacial, quelques transformations de lycanthropes bénéficiant du travail impeccables de l'incontournable Patrick Tatopoulos et le charisme d'une Kate Beckinsale se débattant avec le peu de consistance de son personnage, aidée il est vrai par sa relation privilégiée avec un réalisateur la mettant plutôt bien en valeur au détriment du reste du casting (Monsieur et Madame sont mariés à la ville).
Des loups-garous se mettant sur la gueule avec des vampires, ce n'était pourtant pas bien compliqué. Il faut croire que Len Wiseman, ayant en tête de développer une trilogie (le chapitre suivant est annoncé à la fin du premier film), a préféré poser les fondations branlantes de son projet dans l'attente de répondre plus directement aux attentes du public ultérieurement. En attendant qu'il gagne en expérience, il est préférable de se replonger dans la générosité abondante d'un « Blade 2 » autrement plus réjouissant que cet « Underworld » mortellement chiant et putassier.
NOTE : 1/6




