Alors que les intrigues des deux premiers volets se basaient respectivement sur des ½uvres littéraires de Roderick Thorpe et Walter Wagner, celle de « Une Journée en Enfer » trouve son origine dans « Simon Says », un scénario écris par Jonathan Hensgleih et intéressant fortement les producteurs de « l'Arme Fatale » en vue d'un quatrième opus aux aventures de Mel Gibson et Danny Glover. Construit autour de devinettes et de petits jeux pervers dérivés de notre « Jacques à dit » français, le manuscrit convainc John McTiernan de mettre en chantier un troisième « Die Hard », même si le script subira de nombreuses modifications (seules les trente premières minutes ont été véritablement conservées). Si le cinéaste respecte les codes qu'il a lui-même mis en place, il insuffle une vraie originalité à cet épisode en les détournant intelligemment pour éviter tout effet de redite. Ainsi, l'unité de temps répond à l'appel mais les évènements s'étendent sur une journée ensoleillée alors qu'ils se déroulaient autrefois la nuit. De même, l'unité de lieux est joliment réinventée puisqu'à la verticalité du Nakatomi Plazza succède l'horizontalité de New York. Le terrain de jeu s'étend donc à une ville sans perdre pour autant sa puissance dramatique, la claustrophobie laissant place à la paranoïa (des bombes dans des lieux publics) et le décor faisant parti intégrante de l'action (métros, écoles, routes, banques, etc...). McTiernan parvient donc à prolonger le concept de la saga sans jamais se répéter, y compris dans son utilisation des faux terroristes mais vrais cambrioleurs qui se jouent des héros en leur balançant un gros rebondissement de série B honteux (la vengeance du frère Grüber) pour mieux les prendre à revers, et le public avec. Quand à l'incontournable McClane, il est redevenu l'anti-héros clopant en marcel (on le retrouve en mode clodo et il est jeté dans l'arène de Harlem en sous-vêtements avec une pancarte raciste) dont les nerfs seront mis à rude épreuve. Au détail près qu'il n'est plus au mauvais endroit au mauvais moment mais qu'il est un rouage de la mécanique narrative et que son duo avec l'excellent Samuel L. Jackson renvoie davantage aux buddy movies.
Ouvrant son film sur de splendides panoramiques sur l'île de Manhattan baignant dans une aube rouge, McTiernan plante d'emblée son unité de lieux et de temps mais en profite surtout pour installer un faux sentiment de calme qu'il va rapidement briser lorsqu'une bombe explosera dans un grand magasin. Une manière d'indiquer qu'il renonce au classicisme de sa mise en scène pour plonger dans un style plus chaotique, à la limite du documentaire (la musique du générique s'interrompt pour laisser place à l'horreur du drame). Dès lors, la tension ne retombera pas une seule fois, le script reposant sur une succession de bombes à trouver et à désamorcer avant de dévoiler toute la supercherie aux spectateurs. « Die Hard With a Vengeance » n'est que ça : un vaste tour de passe-passe, un trompe l'½il gigantesque jouant sur l'adrénaline pour détourner l'attention. Du Cinéma quoi. Baladant ses protagonistes d'un bout à l'autre de New York, le film a des allures de jeu vidéo puisqu'il faut sans cesse accomplir des missions pour obtenir de nouvelles informations au téléphone et avancer dans l'intrigue. Sauf que ces missions doivent être accomplies dans les temps impartis, le chronomètre conférant à chaque scène d'action des allures de course contre la montre. A ce titre, la meilleure séquence est peut être celle de la traversée de la ville en taxi, le trafic urbain devenant un obstacle à surmonter pour arriver à destination. L'occasion pour McT de nous gratifier d'un pur moment de folie, le taxi de McClane traversant Central Park à toute berzingue et la caméra embarquée à l'intérieur de l'habitacle décuplant l'immersion du spectateur (le bus s'arrêtant net à un carrefour ou l'étroit passage entre deux camions sont fichtrement efficaces). Employant au maximum la caméra à l'épaule pour intensifier la nervosité des séquences et employant un montage sous amphétamines créant un sentiment d'urgence permanant (superbe passage de relais entre la bombe de l'école et le climax sur le bateau par un jeu de montage alterné), McTiernan signe avec « Die Hard 3 » un magnifique opéra post-moderne (voir le pillage de la banque avec son ballet de camions sur fond de chant militaire composé par Larry Hochman).
Plus invraisemblable que ses prédécesseurs et tombant parfois dans l'excès de revirements dans son dernier tiers (le dénouement du film est franchement bâclé tandis que la fin alternative présente dur le dvd est aussi classe que hors sujet), « Une Journée en Enfer » n'en demeure pas moins un grand moment de plaisir sur pellicule. Un idéal du buddy movies évitant de recycler bêtement les ingrédients du premier épisode et se payant de luxe d'instaurer une nouvelle norme dans l'approche de l'action (« 24 Heures Chrono » ou les aventures de Jason Bourne lui doivent beaucoup). Yi-pee-kaye !
NOTE : 5/6




