HAPPY FEET

HAPPY FEET
« Once there was a way to get back homeward... Once there was a way to get back home ». C'est sur ses paroles des Beatles aux allures de conte de fée que s'ouvre le premier film d'animation de George Miller. A l'écran, la ceinture d'Orion apparaît, dessinant la nébuleuse de la tête du cheval qui évoque davantage ici la forme d'un empereur manchot. La caméra passe alors au-dessus du Soleil sur lequel se lit le titre du film en relief, qui est aussi le surnom du personnage principal. Enfin, notre petite planète bleue apparaît et le film peut commencer. En une petite minute de générique, le réalisateur vient de révéler toute l'ambition thématique de son récit. Non, « Happy Feet » ne sera pas une bête histoire de pingouins qui chantent sur la banquise mais bien le voyage initiatique d'un héros prêt à ramener l'élixir de Vie (les poissons) à sa communauté et qui régénèrera le monde en l'ouvrant à l'énergie de la Source Immanente.


Ceux qui connaissent un minimum la filmographie de George Miller savent déjà que le bonhomme ne s'est jamais contenté de livrer des divertissements basiques. De la trilogie « Mad Max » à « Lorenzo », le réalisateur australien a toujours dépeint une Humanité dépressive et violente, y compris dans ses deux volets de « Babe », ½uvres à priori destinées aux enfants mais débordant d'une noirceur assez surprenante. « Happy Feet » ne fait pas exception. Si l'on s'émerveillera longtemps des prouesses techniques accomplies, si le casting vocal est des plus impressionnant (Nicole Kidman,Hugh Jackman, Robin Williams, Elijah Wood) et si la galerie de personnages secondaires déclenchera de nombreux fous rires (la bande de pingouins est vraiment imparable), il sera surtout difficile d'oublier cette émotion latente qui parcourt chaque minute de cette histoire limpide et accessible à tous. Cette émotion naît avant tout de l'attachement au personnage de Mumble, héros marqué par l'anormalité (contrairement à ses congénères, il n'arrive pas à chanter mais fait des claquettes) et incapable de s'intégrer à la société à laquelle il appartient, société dirigée par une bande de patriarches superstitieux usant de la peur pour contrôler la masse. Un hymne à la différence savamment orchestré par une mise en scène élégante privilégiant les plans larges sur la foule avant de resserrer le cadre sur le manchot solitaire. Il en faut parfois très peu pour imprimer une profonde mélancolie sur la bande, surtout que celle-ci se réclame de la comédie musicale, genre où les émotions peuvent s'exprimer par la musique. En usant généralement de long plans séquences survolant l'action ou collant au plus près des protagonistes, Miller met en valeur ses chorégraphies sidérantes (voir le splendide ballet aquatique sur fond de Beach Boys) et relance sans cesse ses enjeux dramatiques d'un simple mouvement de caméra. Il faut voir ainsi ce monstrueux ride sur la banquise où le vertige et le plaisir de la vitesse débouchera sur un instant quasiment surnaturel où une monstrueuse pelleteuse viendra littéralement polluer l'environnement. « Happy Feet », fable écolo ? Que oui, mais ce n'est jamais que la surface de l'iceberg thématique du film.


Loin de n'être qu'un prétexte pour sortir un CD composé de reprises, la musique est vraiment au service du propos sur le retour à l'harmonie spirituelle et fait parti intégrante de la narration. Ainsi, dès les premières minutes après le générique d'ouverture, nous assisterons à des jeux de séduction vocale dans ce qui n'est autre qu'une célébration de l'Amour, avant de voir les empereurs manchots louer leur Dieu nourrisseur en priant pour le retour du Soleil. On pense alors au Sacre du Printemps de l'Antiquité, quand les rituels de chant et de danse marquaient l'attachement au caractère sacré de la Terre. Un renvoie évident à la sagesse et à l'enseignement antique qui se retrouve dans la fameuse ceinture d'Orion (ne dit-on pas que ce héros mythologique a été placé à l'autre bout du ciel pour ne pas avoir à affronter à nouveau le scorpion ?) mais aussi dans le choix du narrateur, le gourou Lovelace, qui promet de transmettre par oral les exploits du jeune Mumble.
George Miller n'a jamais caché son intérêt pour la mythologie et plus particulièrement pour les travaux de Joseph Campbell sur le monomythe (il a d'ailleurs préfacé son ouvrage « Les Héros sont Eternels »). Fort logiquement, on retrouve donc dans « Happy Feet » les étapes de la quête initiatique individuelle destinée à faire évoluer le monde. Né différent des autres empereurs manchots de sa tribu parce que son père a accidentellement bousculer son ½uf, le héros verra s'écrouler ses certitudes sur le monde au fil de ses rencontres, allant jusqu'à pénétrer dans le territoire apocalyptique des extraterrestres (en fait les êtres humains) en pleine décadence. Loin de l'aventure mignonne qu'on aurait pu attendre, Miller nous renvoie à la face tout le désenchantement de l'Humanité, désenchantement culminant au cours d'une tétanisante séquence d'aliénation mentale où, par un effet de montage brutal, les murs d'un zoo sont assimilées à la planète Terre, comme si cette dernière était la prison de notre condition humaine. Ce n'est qu'en se confrontant à l'horrible réalité factice que Mumble pourra mourir et mieux renaître dans une séquence faisant échos à sa sortie de l'½uf (dans les deux cas : un enfant, être innocent par excellence, semble l'appeler en tapant contre une vitre ou une coquille).


« Happy Feet » pourra alors se diriger vers une conclusion épatante et proche par bien des aspects de celle de « Rencontres du Troisième Type ». En effet, le jeune héros deviendra le médiateur entre son monde (les manchots/les hommes) et celui au-delà des frontières (les hommes/Dieu), la danse et le chant devenant un langage universel permettant d'être en harmonie avec les forces de l'Univers pour mieux s'élever à un nouveau niveau de spiritualité. Et George Miller d'achever son ½uvre sur un retour au Sacre du Printemps, rituel de l'Antiquité à l'origine du théâtre grecque. Fort logiquement, le générique de fin défilera donc à l'arrière d'une scène de spectacle où chaque personnage entame une petite chorégraphie, avant que les lumières ne se rallument. Sous les salves d'applaudissements du public conquis.


NOTE : 6/6

# Posté le samedi 21 juillet 2007 22:42

Modifié le jeudi 26 juillet 2007 21:10

OZ - SAISON 1

OZ - SAISON 1
Avant le triomphe de « Six Feet Under » et des « Sopranos », HBO s'était déjà démarqué de la concurrence en matière de série télé en produisant « Oz », véritable tremblement de terre dans le paysage audiovisuel car conçu avec une liberté de ton jusqu'alors inédite. Une évocation sans concession du milieu carcéral, avec un langage ordurier, une violence exacerbée et de la nudité frontale, le tout au service d'un propos pour le moins subversif. Un véritable travail d'auteur né de l'imagination de Tom Fontana, scénariste tellement investi dans sa création qu'il est allé jusqu'à se faire tatouer le nom de son oeuvre, remployant ensuite les images de cet acte dans le générique d'ouverture.


A la manière d'un conte ou d'un récit mythologique (la prison d'Oswald est comparée au détour d'une réplique au Mont de l'Olympe), le spectateur est invité à pénétrer dans un univers singulier par un narrateur à la fois omniscient et faisant parti intégrante de l'action. Enfermé dans une cellule carrée en verre, le personnage d'Augustus, un ancien junkie en fauteuil roulant, surplombe les décors et s'adresse directement à la caméra pour nous signaler la thématique de chaque épisode, en résumer la morale (ou son absence) en guise de conclusion ou pour présenter le passif de chacun des détenus. Des apparitions oniriques et cyniques qui renforcent l'implication émotionnelles car tutoyant directement le public, comme pour lui tendre le miroir de sa propre vie et questionner les fondements mêmes de ses idéaux. « Oz » n'est donc pas un divertissement sans conséquence comme le récent « Prison Break ». En s'y aventurant, il faut accepter d'être malmené et de ne pas en ressortir indemne. Ainsi, le parcours de Tobias Beecher résumera à lui seul l'effondrement psychologique du spectateur puisque c'est avec lui que nous découvrirons la vie du pénitencier au cours du premier épisode rythmé par l'affichage des horaires répétitives et aliénantes.
Contrairement à la majorité des prisonniers, Tobias n'est pas un meurtrier ou un psychopathe mais simplement un avocat qui aura commis accidentellement la mort d'une jeune fille en prenant le volant de sa voiture après avoir bu un verre de trop. Il est de loin le référent le plus attachant puisque issu d'un quotidien familier et dont la vie a basculé après un drame qui aurait pu survenir à n'importe qui. Rapidement, il est la victime de Vernon Schilliger, un néonazi qui le réduit au rang d'objet soumis, le violant fréquemment, l'obligeant à se travestir pour l'humilier ou le forçant à lécher ses chaussures. Ces séquences dérangeantes ne feront que placer un peu plus le public face à sa morale, lui faisant ressentir une véritable haine pour le dominant avant que le basculement de Tobias vers la démence (il ira jusqu'à déféquer sur le visage de son bourreau) et la question du Pardon ne vienne le mettre en face de l'horrible vérité : l'être humain n'est qu'un animal sauvage prêt à retourner à des instincts primitifs dès que des situations extrêmes se présentent à lui.


Car la prison d'Ozwald n'est pas le genre d'environnement où il fait bon traîner. Bien que sa fonction première est de remettre les coupables sur le droit chemin, elle ne fait que les repousser dans leurs derniers retranchements car omettant tout simplement qu'il est impossible d'avoir une vie normale quand on est enfermé et entouré de violeurs, dealers ou cannibales. Le monde extérieur n'existe pas, seule la télévision servant de fenêtre ouverte (alors que le seules infos diffusées seront celles évoquant la situation catastrophique à Oz). Même les visions du passé en flash-back revêtent un aspect surréaliste, baignant dans des filtres bleus ou orangés comme si tout n'état qu'un mauvais souvenir ou un mauvais rêve. On pourra aussi évoquer cette discussion au parloir dans le premier épisode où un détenu parle avec sa femme alors qu'une glace vient scinder l'image en deux comme si le couple ne partageaient plus le même espace.
Véritable tombeau où l'on est condamné à mourir à petit feu sans aucune résurrection possible (voir dans l'épisode 2 le fondu enchaîné passant d'un cadavre brûlé au personnage de Nino Schilbetta qui finira lui aussi assassiné), le département de Haute Sécurité d'Emerald City contamine jusqu'aux plus respectables des membres de l'équipe chargé du bien être des détenus. Ainsi, au détour d'un épisode centré sur Dieu, un prêtre verra ses convictions les plus nobles êtres mises à rudes épreuves lorsqu'un malade mental ayant dévoré ses parents acceptera de son convertir au catholicisme dans le simple but de pouvoir manger « le corps du Christ ». De même, quand se posera l'épineuse question de la Peine de Mort, il lui sera bien difficile de conserver une opposition aussi claire quand il se retrouvera face à un être particulièrement abjecte. Le Mal affecte le c½ur de chacun comme un poison et les rapports amoureux, véritables pulsions de vie, se retrouvent dominés par le sentiment de mort. Ainsi, à deux reprises dans la saison, une scène de sexe sera montée en parallèle avec un acte de violence (des policiers cognant contre une porte, une mort par injection), comme si chaque nouveau né comportait déjà en lui les plus vils instincts. On notera d'ailleurs qu'un des détenus perdra son bébé juste après la naissance, renforçant le pessimisme du tableau décrit par Tom Fontana.


Bien que la galerie de salopards ne soit guère rassurante, il conviendra de saluer le remarquable travail d'écriture capable de rendre sympathique la pire des crapule. Qu'il s'agisse d'un détour humoristique (un dentiste n'osant pas mettre ses doigts dans la bouche d'un cannibale), d'une séquence émotionnellement chargée (un prisonnier lacérant son visage au cutter pour traduire tout son mal être) ou de l'utilisation d'un langage universel (la sous intrigue du violoniste), tout est mis en ½uvre pour offrir une vision globale de l'être humain, loin du manichéisme primaire. Car dans le fond, tous ces condamnés à des peines diverses ne sont jamais que le reflet sauvage de la décadence de l'Humanité toute entière. En effet, bien qu'ils soient tous déconnectés du monde extérieur, chacun marque son appartenance à un clan, seul moyen d'exister pour ne pas finir écraser par les plus forts. Blacks, latinos, mafia sicilienne, gay, musulmans... Autant de mini communautés en proie à de constantes lutte de pouvoir et ne pouvant s'empêcher de se mener la guerre, souvent par racisme. « Oz » se présente donc comme une parabole particulièrement pertinente de nos sociétés modernes, le décors de la série ressemblant presque à un laboratoire où milieu duquel les matons peuvent observer les animaux dans leur cage en verre, comme cet insecte dans un bocal aperçu en début de saison.
Ce n'est donc pas simplement à une critique des conditions de vie en milieu carcéral que le créateur de la série nous convie mais bien à une étude sociologiques de notre époque en abordant des thèmes aussi vastes que le rôle actif de la drogue dans l'économie (et les rapports de force qu'ils impliquent, les plus puissants la revende à ceux qui la consomme pour oublier leur misère), la place essentielle de la femme dans un environnement dominé par les hommes ou encore les guerres de religions. On y trouve même un sous-texte sur l'émancipation des noirs via un troublant parallèle entre Malcom X et le charismatique Kareem Said, personnage ayant lui aussi changé de nom, refusant de prendre des médicaments en dépit de la maladie qui le ronge et profitant de la prison pour se cultiver. Ce renvoie explicite à celui qui fut le porte-parole de Nation of Islam oriente la série vers une réflexion sur l'inaccessibilité du rêve américain, Malcom X étant un symbole de l'intégration des noirs capables de réussir autrement que par la musique ou le sport, symbole mis à mal par l'arrivée d'un basketteur à la carrière brisée.


Véritable tragédie grecque en milieu pénitencier, la première saison de « Oz » s'achève fort logiquement sur l'implosion qui guette chaque société tiraillée entre ses luttes de pouvoir et l'assouvissement des besoins égoïstes. Une dégénérescence menant à la rébellion, un effondrement du système en place et duquel ne pourra naître qu'un nouvel ordre pas bien différent et toujours dirigé par le gouverneur Devlin, véritable Zeus tout puissant interdisant aux hommes de s'élever au-delà de leur condition pour les maintenir dans leur brutalité crasse. L'Homme restera à jamais un loup pour l'Homme.


NOTE : 6/6

# Posté le jeudi 19 juillet 2007 13:36

Modifié le mardi 31 juillet 2007 00:39

HARRY POTTER ET L'ORDRE DU PHENIX

HARRY POTTER ET L'ORDRE DU PHENIX
Passer derrière la caméra pour signer l'adaptation du 5ème volet des aventures d'Harry Potter était une tâche particulièrement ingrate. Si « l'Ecole des Sorciers » offrait à Chris Colombus une intrigue simple destinée à présenter un univers magique (ce qui ne l'a pas empêché de se planter dans les grandes largeurs), si Mike Newell bénéficiait avec « la Coupe de Feu » d'une intrigue pivot particulièrement chargée en morceaux épiques, « l'Ordre du Ph½nix » avait de quoi désespérer un paquet de cinéastes tant ce roman prenait le contre-pied total des attentes des fans. Un pavé de 1000 pages pas cinématographique pour un sous, avec une avalanche de sous intrigues, un manque flagrant d'action et une fonction de transition donnant l'impression d'un surplace narratif... J.K. Rowling n'avait pas vraiment facilité la tâche au nouveau venu David Yates (créateurs de plusieurs séries britanniques). Pourtant, celui-ci s'en est fort bien acquitté.


Bien entendu, comme cela était déjà le cas avec les précédents épisodes, le réalisateur et son scénariste ont du tailler dans la masse pour maintenir une durée décente, quitte à sacrifier certains éléments pourtant cruciaux du récit (le rapport entre Neville et la Prophétie n'est pas abordée), à en expédier d'autres à la va vite (l'attaque de Mr Weasley reléguée au rang de rebondissement anecdotique) ou carrément à oublier la résolution de certains enjeux (on apprenait dans le roman que Dolorès Ombrage était la commanditaire de l'attaque des Détraqueurs). Les non lecteurs risquent donc encore une fois d'être largués même si de réels efforts ont été fait pour resserrer la narration autour du combat intérieur d'Harry. David Yates a bien compris que Rowling avait fait évoluer sa saga et ses personnages en même temps que son lectorat. Par conséquent, son film épouse ce basculement vers la noirceur, le Poudlard enchanteur des débuts n'existant tout simplement plus, les héros n'étant plus en âge de s'émerveiller. La crise d'adolescence est bien là, avec son lot de frustrations, ses coups de colère et ses responsabilités à assumer. Dès la première bobine, le héros quitte sa bulle rassurante et passe devant le Tribunal de la Magie, ce qui permet d'introduire un véritable contexte politique bien loin des préoccupations superficielles de l'enfance (il est révolu le temps où on jouait au Quidditch en espérant remporter la Coupe des 4 Maisons). La saga s'ancre dans une réalité quotidienne bien plus tangible qu'avant, appuyée à l'écran par une séquence de vol au-dessus de la Tamise et par quelques rues typiquement londoniennes, sans oublier l'agitation au Ministère de la Magie évoquant un quartier d'affaires. Il est temps pour Harry de grandir et de se confronter au monde extérieur. Dans « l'Ecole des Sorciers » et « la Chambre des Secrets », le dénouement prenait place dans l'enceinte du château. Celui du « Prisonnier d'Azkban » se déroulait en périphérie (Forêt Interdite, Cabane Hurlante) tandis que « la Coupe de Feu s'achevait dans un cimetière. Fort logiquement, le climax de « l'Ordre du Phénix » marque l'acceptation de la réalité du monde, Harry prenant la décision d'aller lui-même à l'encontre du danger en quittant Poudlard pour Londres. Un acte qui traduit son acceptation d'un espace extérieur sur lequel il n'a plus forcément prise.


Forcé d'entrer dans l'âge adulte (le film débute sur un Harry mélancolique errant dans un parc à enfants, vestige d'une innocence perdue), le sorcier à lunettes devra passer par plusieurs étapes jonchant un parcours s'apparentant à un authentique film d'horreur psychologique. Ainsi, le jeune héros voit ses repères affectifs s'effondrer les uns après les autres. Alors que Dumbledore, véritable père de substitution, ne lui adresse pas même un regard de toute l'année (on regrettera que le scénariste Michael Goldenberg n'ait pas conservé la scène où Harry était pris d'envie de le frapper ainsi que celle où il détruisait le bureau du vieil homme), une révélation sur son géniteur vient semer le doute dans son esprit. Ainsi, au cours d'une séance d'occlumancie avec l'inquiétant Rogue, Harry découvre que son père qu'il voyait comme un modèle de perfection n'était peut être pas si innocent que ça. A ces tourments s'ajoute la mort hautement symbolique de son parrain Sirius Black, dernier membre de sa famille. Surprotégé, Harry est donc contraint de s'émanciper et d'agir par lui-même pour mieux « tuer le père » afin de s'affirmer en tant qu'individu à part entière.
Intelligemment, David Yates a renforcé le lien qui unissait Harry à Voldemort pour mêler plus étroitement les enjeux thématiques aux enjeux dramatiques. Alors que les deux ennemis avaient toujours entretenu une relation limite fraternelle (faut-il rappeler que c'est le sang d'Harry qui a engendré le retour du Seigneur des Ténèbres ?) comme s'il étaient des doubles négatifs, le véritable viol de l'esprit que subit Harry dans cet épisode lui permettra de prendre conscience de ce qu'il ne veut pas devenir. Le film se conclut d'ailleurs sur une séquence absente du roman dans laquelle Voldemort prend possession de sa victime, laissant Harry face à un miroir dans lequel se reflète l'horrible visage de celui qui a tenté de le tuer. Ce n'est qu'en tournant le dos à cette image que le jeune homme se libérera de l'emprise étouffante et castratrice de la figure « familiale » pervertie, revendiquant son appartenance au camp du Bien. Dès lors, comme le révèlera une Prophétie, il n'aura d'autre choix que de mener une lutte à mort contre le Mal, étant condamné à tuer son ennemi ou à être tué.


En attendant que ce dénouement tragique ne survienne, Harry doit d'abord se heurter à un monde incrédule qui refuse de croire au retour du Mage Noir. Retranscrivant à merveille la teneur subversive du roman de Rowling, David Yates s'attaque à un système politique corrompu et renfermé dans ses modes de pensé d'un autre âge. Utilisant plusieurs transitions à base de couvertures de journaux, le réalisateur dénonce l'utilisation des médias permettant de manipuler les foules (dans le roman, Hermione retournait cette arme de propagande en menaçant Rita Skeeter) et condamne la soif de contrôle des hautes sphères du pouvoir. Le personnage de Dolorès Ombrage incarne à lui seul ces dérives fascistes : envoyée en tant que professeur à Poudlard, elle étend son emprise en faisant promulguer des décrets réduisant les libertés individuelles, jusqu'à se faire nommer directrice de l'école. Toutes les méthodes sont bonnes pour imposer une véritable dictature : appel à la dénonciation, violation de la vie privée des élèves gavés de Véritasérum, espionnage, mais aussi tortures physiques dans une des meilleures séquence du film, celle de la punition sadique à la plume, renvoie évident aux corrections violentes pratiquées autrefois dans les classes anglaises. Magnifiquement campé par Imelda Staunton, Ombrage s'impose comme le personnage le plus fort de « l'Ordre du Ph½nix », ses faux sourires engageant, ses vêtements roses bonbon et ses assiettes de chatons contrastant avec son comportement réactionnaire (on peut même parler de racisme quand elle va jusqu'à mesurer la taille d'un enseignant).
Face à cette force de l'ordre proscrivant le droit de penser, une seule solution s'impose : la rébellion. Menée par un Harry Potter frustré de ne pas jouer un rôle actif au sein de l'Ordre du Phénix, une Armée de Dumbledore constituée d'élèves se forme pour apprendre à se battre quand l'heure viendra, telle une véritable poche de résistants. Parce que le Ministère n'a pas à se mêler de l'Education, il convient à chacun d'affirmer sa liberté individuelle, quitte à enfreindre le règlement. Cette idée est particulièrement bien véhiculée par le mur des décrets chargé jusqu'à l'absurde et qui finira par exploser lors du départ spectaculaire des frères de Ron.


« Ouvrez vos gueules et remettez les figures de l'ordre en question » semblait nous dire Rowling à travers son ½uvre littéraire. Une maxime que David Yates a su reprendre à la lettre, faisant entrer l'univers d' « Harry Potter » dans la maturité. Film thématique et intimiste plutôt que grand spectacle familial sans prise de risque, « l'Ordre du Phénix » est une bonne surprise compte tenu de son modèle sur papier. Le 6ème épisode étant encore plus psychologique et avare en péripéties, on pourra se réjouir de retrouver le réalisateur anglais aux commandes. « Harry Potter et le Prince de Sang-mêlé » est entre de bonnes mains.


NOTE : 4/6

# Posté le lundi 16 juillet 2007 08:57

Modifié le jeudi 19 juillet 2007 23:51

GERARD BUTLER - chapitre 6

GERARD BUTLER - chapitre 6
Petite mise à jour aujourd'hui car je ne suis vraiment pas motivé ni franchement de bonne humeur (je suis rarement joyeux quand je découvre, pour la 5ems fois, que mes vacances vont être pourries à cause de lourds problèmes de santé. Youpi...). Je me contenterai donc du minimum syndical, avec deux courts-avis sur des dvds qui trainaient dans mes cartons depuis belle lurette et quelques bandes-annonces rapidos.


* Allez zou, je commence avec un film que m'avait offert un ami pour pas cher (même pas un euros sur cdiscount) : HEAVEN'S BURNING. Un road movie australien "avec la star de Gladiator" comme on peut lire sur la jaquette. Oui oui, c'est bien de Russell Crowe qu'il s'agit, le comédien devenu hyper bankable depuis qu'il a enfilé la jupette et depuis son interprétation mémorable dans le pas du tout calibré "Un Homme d'Exception pour les Oscars".
Embrasant déjà la pellicule par son charisme animal, Crow est la principale attraction de ce film anecdotique mais pas forcément déplaisant. Quelques jolis plans du désert (avec gros gag du kangourou), un duo d'acteur attachant et émouvant, une réalisation plus que correcte (tout le premier acte est formidable)... Là où ça coince ne revanche, c'est du côté du scénario où l'on ne sait plus trop s'il s'agit de traits d'humour mal géré ou bien d'incohérences inquiétantes. Outre le coup de la musulmane soumise piratant tranquillement les systèmes informatiques de toutes les banques ou encore la japonaise qui apprend l'anglais en 5 secondes chrono, il y a ce fameux personnage du mari cocu métamorphosé en tueur psychotique. Un revirement grotesque fonctionnant d'abord par un traitéement au second degré mais qui, au fur et à mesure qu'on avance dans l'histoire, finit par se prendre méchamment au sérieux, jusqu'à amorcer le dénouement tragique auquel on a bien du mal à croire.
HEAVEN'S BURNING est un petit film idéal pour combler les trous des programmations télévisées. Les ficelles sont très grosses, ça se regarde d'un oeil discret mais on y trouve juste le minimum de qualités qu'il faut pour passer un bon moment. Même si on conviendra que le résultat n'aurait pas eu la même gueule sans le magnétisme troublant de Russel Crowe.

NOTE : 3/6


* Dvd lui aussi généreusement offert par un ami (toujours à un euro sur cdiscount, mais ça reste cher payé pour une purge pareille), THE WATCHER a tous les attributs de la bouze cosmique, du genre à faire passer Len Wiseman pour un grand réalisateur, mesurez l'exploit. "Filmé" n'importe comment par un clippeur anonyme, "The Watcher" est le faux pas de Keanu Reeves après Matrix (des fois qu'on aurait pas compris la filiation, la bande originale est carrément reprises par moment) . Une intrigue de téléfilm du jeudi après-midi, avec un inspecteur obsédé par un tueur un série très très con qui fait des moulinets dans le vide au début (kung-fu, Matrix, tout ça). Musique tendance qui aggresse les tympans, montages incohérents avec accéléré x50 incompréhensible, séquences ridicule avec ralenti saccadé très moche, incohérences scénaristiques en rafale, casting qui se fait chier grave (comme le spectateur)... J'ai terminé le dvd en accéléré tellement je n'en pouvais plus. J'ai bien fait puisque j'en suis arrivé plus vite au piètre dénouement que j'avais deviné depuis le 3em minute. Rarement un sous-Seven aura atteint un tel niveau de nullité reconnue unanimement. Poubelle.

NOTE : 0/6


--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Tampax et le Café Grand-Mère sont heureux de vous présenter les bande-annonces :

* Revenu des States après son efficace Otage avec Bruce Willis (c'était quand même autre chose que Die Hard 4 me souffle la petite voix en colère au fond de moi), le talentueux frenchy Florent-Emilio Siri aborde la guerre d'Algérie avec L'ENNEMI INTIME. UN grand drame porté par Benoit Magimel et Albert Dupontel, avec moultes séquences de combat impressionnantes et un sous-texte qu'on espère virulent. Un des évènements du mois d'otoctobre prochain !

BAROMETRE : 4/6


* On était sans nouvelle de Tonton Emmerich depuis trois ans, et bien voilà que le silence est rompu. Après sa description en accéléré des multiples catastrophe écologiques qui auront raison du sort de l'Humanité, le réalisateur d'"Indépendance Day" remonte le temps avec 10,000 B.C. pour conter l'histoire d'un chasseur de mamouth. Un véritable choc en prévision, débarassé de tout oripeaux commerciaux (aucun acteurs connus, par de patriotisme béat en prévision) et opérant un mixte excitant entre le John Milius de "Conan le Barbare", "La Guerre du Feu" et la puissance d'un Mel Gibson. Si ça ne suffit pas à vous exciter, alors c'est que vous vous êtes trompés de blog !

BAROMETRE : 5/6


Voilà, c'est fini pour aujourdhui (j'avais prévenu que ce serait court), à la semaine prochaine ! En attendant, mon avis sur le dernier Harry Potter est sur le feu (pour un dossier intégral, j'attendrai la fin de la saga au cinéma) ainsi que celui sur la saison 1 de Oz.
Bonne vacances à tous !

(dédicace spéciale pour cinemaaa03 qui s'en va étudier un an en Nouvelle Zélande (n'oublie pas ton pélerinage Seigneur des Anneaux). Bonne chance, éclate-toi bien et à bientôt j'espère, sur ton blog (même si je doute qu'un an plus tard tu conserve encore l'envie de le reprendre) ou à Lille (si tu y viens effectivement étudier!).

# Posté le dimanche 15 juillet 2007 10:54

Modifié le dimanche 15 juillet 2007 12:42

DIE HARD 4 - RETOUR EN ENFER

DIE HARD 4 - RETOUR EN ENFER
Len Wiseman. Cet homme est dangereux. Non content de s'être rendu coupable de deux crimes contre le bon goût camouflés derrière des aspirations pseudo gothiques (les putassiers « Underworld » ou comment niquer un concept excitant en faisant n'importe quoi), le geek autoproclamé s'est retrouvé propulsé aux manettes du quatrième épisode de la saga « Die Hard », un des monument incontournable de la culture populaire. De quoi faire frémir tous les fans de John McClane puisque Big McTiernan avait déjà magnifiquement bouclé la boucle douze ans auparavant avec le brillant « Une Journée en Enfer », renouvelant un genre qu'il avait lui-même dépoussiéré avec le tout aussi brillant « Piège de Cristal ». Opportuniste, le projet de « Die Hard 4 » invitait donc à la méfiance et c'est sans surprise que le résultat s'est révélé mauvais, idiot et laid.


Nous ressortant pour la troisième fois consécutive son incontournable photo bleue (mais cette fois dans des teintes délavée très moches comme si la balance des blancs n'avait pas été faite), le réalisateur se contente de reprendre tous les derniers tics télévisuels de la saison passée sans jamais essayer de penser son découpage (les plans durent une seconde en moyenne), ses cadrages (des contre-plongée la moitié du temps) ou ses mouvements de caméra (ça s'agite dans tous les sens sans aucune raison, rendant notamment les corps à corps illisibles). En d'autres termes, le syndrome est le même que celui qui plombait déjà « Mission : Impossible 3 » : une absence de plans larges, un abus de longues focales anéantissant toute notion de profondeur de champ et un script inconsistant blindé d'aberrations. Et pas des petites incohérences vite oubliées, non ; plutôt le genre d'incohérences balancées par paquets de cinquante en affichant à chaque minute un profond mépris du spectateur. Du style une fausse carte du FBI découpée dans du papier Canson avec la photo du faux agent collée dessus. Ou bien ce plan inutile des terroristes consistant à se déguiser en membres d'une agence gouvernementale pour infiltrer une centrale alors qu'à peine arrivés ils dézingueront tout le monde. Ou bien encore ce tour de passe-passe qui voit arriver Bruce Willis chez Kevin Smith en hélico puis repartir en voiture. Sans oublier ces routes engorgées par le trafic routier mais se retrouvant déserte pile le temps d'une poursuite en véhicule. Ou encore cet avion de chasse acceptant sans raison de suivre les ordres d'un inconnu.
Le foutage de gueule de ne s'arrête pas là puisqu'en dépit d'un point départ promettant une modernisation de la saga « Die Hard » (des terroristes maîtrisant tous les systèmes informatiques du monde), tout le potentiel apocalyptique du pitch se retrouve passé au broyeur dès la fin du premier acte, laissant la place au pire de « 24 Heures Chrono », c'est-à-dire à une succession de menaces résolues en deux secondes. Plus de réseau téléphonique ? Pas de problème, il suffit de repositionner un bidule par le satellite et c'est réglé. Une salle sécurisée est bloquée ? Pas de problème, un petit algorithme sorti de nulle part et c'est réglé ! Un personnage à trouver d'urgence ? Pas de panique, ce sera sûrement le seul à avoir la lumière chez lui car il pianote plein de codes sur le clavier de son ordinateur (codes lui permettant entre autre de chatter avec le méchant par webcam interposée. La classe).


Le plus grave dans ce produit qui semble torché à la va vite par la seconde équipe, c'est qu'il trahit point par point TOUT ce qui faisait l'essence même de « Die Hard ». L'unité de lieux ? Niée, l'action s'éparpillant entre Washington, Philadelphie et des routes diverses sans jamais tenter d'introduire la moindre gestion de l'espace (faut dire aussi que faire des ellipses en permanences ça aide pas). L'unité de temps ? Idem. L'histoire se déroule sur plus de deux jours et le contexte de la Fête Nationale Américaine ne sera pas exploité à un seul moment. En gros, la construction narrative ressemble à celle de n'importe quel divertissement standard, ce qui n'est pas rendre justice à une franchise ayant par deux fois redéfini les codes du film d'action. Mais ce n'est rien à côté du traitement subi par John McClane, anti-héros autrefois brutal mais remarquablement intelligent (il s'efforçait toujours de trouver un moyen pour se tirer des pires situations) et transformé ici en attardé irresponsable. Tout ce que Len Wiseman semble avoir retenu du personnage, ce sont les explosions et les bourre-pifs. Exit les jurons, l'alcool, les médicamentes ou les clopes (le PG-13 a encore frappé), place à la star décérébrée qui fonce dans le tas sans se poser de question. Par exemple en défonçant à l'aveugle un bureau avec 4x4 au risque d'écrabouiller le hacker (et de risquer connement sa vie en finissant dans une cage d'ascenseur) ou en balançant une voiture sur un hélico alors que les chances de réussir son coup sont de 0% (mais la magie du cinéma voudra que...). Ce n'est de toute façon pas bien grave si McClane fait n'importe quoi puisque quoiqu'il fasse, il sera SYSTEMATIQUEMENT sauvé par une chance incroyable, sa survie ne dépendant plus de son instinct ou de son esprit mais bien d'objets miraculeux. Une attaque dans un appartement ? Une figurine de Terminator tombera comme par hasard sur le détonateur d'une bombe, faisant sauter tout un étage (mais épargnant les deux héros, allez comprendre). Une voiture risquant d'écraser McClane ? Deux autres véhicules arriveront pile s'interposer. Un avion de chasse aux trousses ? Un bout de décors tombera dans le réacteur pour le faire exploser. Tout simplement aberrant. Difficile dès lors d'éprouver une quelconque sympathie pour cette ridicule figure du Bien, surtout qu'elle combat un Mal tout aussi ridicule. Car selon « Die Hard 4 », le plus grand ennemi de l'Amérique a la visage d'un jeune qui télécharge des films (c'est très mal), qui est alter mondialiste (donc communiste, citation de Lénine à l'appuie) et qui ose remettre en question le pouvoir des médias (ce à quoi McClane répondra net par un « ta gueule ! », bravo) en faisant des montages vidéos à partir de discours présidentiels.


Des fois qu'on aurait des doutes sur l'aspect propagandiste du truc, rappelons que c'est bien la Fox qui est chargée de la production. Les voir niquer la franchise « Die Hard » après avoir atomisé celles d' « Alien » et de « Predator » n'a donc rien de très étonnant. Pas plus que de constater à quel point Len Wiseman est bien l'incapable qu'on avait toujours soupçonné, une vraie tâche sans inspiration, ne comprenant rien à ce qu'il raconte ni à ce qu'il filme (faut-il vraiment évoquer la transparence des seconds rôles, du méchant est lamentable comparé aux frères Grüber à la sous intrigue au FBI qui ne sert à rien ?). Alors bien entendu, les moins regardants pourront toujours arguer que ce « Retour en Enfer » est facilement appréciable du moment qu'on accepte de jouer le jeu du spectacle fun et con. Seulement voilà : il s'agissait d'un épisode de « Die Hard » (donc d'une histoire avec John McClane) et non d'un produit lambda destiné à en foutre plein les mirettes et à s'oublier instantanément. Dès lors, on attendait autre chose qu'une accumulation de séquences bêtement spectaculaires. Il faudra se contenter d'un film de faux fan aussi plaisant qu'un crachat à la gueule. Merci Len Wiseman.


NOTE : 2/6

# Posté le vendredi 13 juillet 2007 11:08

Modifié le dimanche 15 juillet 2007 06:57