TRANSFORMERS

TRANSFORMERS
N'en déplaise à tous les nostalgiques qui ont grandi avec les « Transformers », mais ces personnages de gentils Autobots combattant les cruels Decepticons n'ont toujours été qu'une vaste création mercantile de la part de la firme japonaise Hasbro. Des jouets robots pouvant se transformer en camion : il n'y avait rien de plus simple pour séduire les jeunes garçons, surtout que la promotion était assurée à travers un dessin animé stupide et particulièrement niais diffusé le matin. Une véritable pompe à fric tombée dans l'oubli à partir des années 90 mais rouverte aujourd'hui grâce à un long-métrage live produit par Steven Spielberg et mise en boîte par Michael Bay. On ne pourra pas vraiment dire que le projet masque ses velléités commerciales (après tout, on fait à bien des adaptations d'attractions Disney en films) mais le nom des responsables aux commandes avait suffisamment de quoi intriguer pour qu'on accepte de jouer le jeu du produit marqueté.


Quelque part, « Transformers » avait tout du projet idéal pour le réalisateur de « Bad Boys 2 » et « The Rock ». En effet, celui-ci a toujours laisser transparaître derrière ses films le visage d'un gamin turbulent passant son temps à se salir dans la boue et à casser tous ce qui lui passe sous la main, préférant s'amuser avec des hélicoptères, des flingues ou des voitures plutôt que de s'embarrasser à raconter une quelconque histoire. Alors forcément, avec un concept aussi con que « des robots qui se battent contre d'autre robots », le pape de la destruction massive ne pouvait que se sentir dans son élément sans avoir à faire semblant de réfléchir. La seule question qu'il lui restait à se poser étant de savoir comment transposer sur grand écran un univers mignon et coloré pour séduire un large public pas forcément enclin à se taper une improbable tranche de série B ringarde. La solution : injecter un peu de noirceur en lorgnant du côté du récit d'invasion extra-terrestre, situant ainsi son action sur Terre là où la série animée se déroulait sur la planète des Transformers. Loin de leur aspect rubis cube original, ces derniers arborent d'ailleurs un look métallique très classe, leurs transformations impressionnantes regorgeant d'une multitudes de détails qui leur confèrent un aspect presque organique. Michael Bay modernise donc ses personnages et affirme sa différence au détour d'une séquence chez un vendeur de voitures d'occasion où sa vision de Bumblebee (une voiture de sport élégante) démonte littéralement la gueule à celle initiale (une coccinelle). Pas question pour lui de réaliser un « vulgaire film de jouets » (dixit lui-même). Son « Transformers » sera avant un tout un fantasme de gosse où tout ne sera que prétexte à défoncer des immeubles, creuser des cratères et livrer des combats de catch entre robots. Stupide ? Pas nécessairement car inconsciemment, le cinéaste suggère que les jouets aident l'enfant à se construire et que la destruction devient le seul moyen pour lui de trouver son identité profonde. Qu'il s'agisse de l'explosion d'une base militaire, du jardin ravagé d'une petite maison de la middle class ou des symboles de l'Amérique mis à mal comme un stade de sport éventré ou des voitures catapultées dans tous les sens, c'est toute une série de valeurs et de symboles (politiques, sociaux, culturels) qui s'effondrent (même le Président des USA est présenté comme un crétin incapable) pour ne laisser la place qu'au portrait d'un jeune adolescent humilié qui deviendra un homme en découvrant le sens profond de l'amitié et en emballant la fille de ses rêves (accessoirement, il sauvera le monde).


Pas de doute, l'empreinte de Spielberg à la production se fait ressentir tant l'esprit bon enfant des divertissements des années 80 est omniprésent, que ce soit dans le personnage de Frenzy, petit monstre délirant évoquant les Gremlins, ou bien dans le cadre ennuyeux d'une banlieue dont les gamins rêvent de s'évader. La meilleure scène du film reste d'ailleurs sans conteste celle où des enfants observent émerveillés l'atterrissage des Autobots, et notamment cet instant de complicité entre Ironhide s'extirpant d'une piscine et une petite fille croyant à la petite souris. Un moment de pur magie qui tendrait à classer « Transformers » du côté des films d'auteurs à la Joe Dante ou même, dans une moindre mesure, à la « Starship Troopers ». Il faudra cependant réfréner notre enthousiasme car il manque bien des atouts pour permettre au film de Michael Bay de pouvoir prétendre au même niveau des réussites précitées. A commencer par un scénario solide qui ne sous-exploiterait pas à ce point la mythologie de l'univers dépeint. Car à trop tourner autour des personnages humains, y compris quand ce n'était pas nécessaire (on ne compte plus les sous-intrigues insupportables à base de marine qui attend de retrouver son bébé au coucher du Soleil, de bonasse férue d'informatique, d'agent du FBI en sous-vêtements et de black obèse), le réalisateur oublie de nous attacher à ses Autobots dont seuls Optimus Pride et Bumblebee se détachent. Plus grave : on se contre-fiche éperdument de cette histoire de cube dont on ignore finalement tout et aucune tension ne se dégage des affrontements homériques, les enjeux et les robots au nom à coucher dehors étant bien trop minces ou peu définis pour qu'on s'y intéresse un tant soit peu.
Passons sur les diverses incohérences du script qui usent de raccourcis grossiers (des informations vitales dénichées sur e-bay, l'armée ne trouvant rien plus intelligent que de planquer le cube magique en centre ville au milieu des civils !) et sur les consternantes leçons humanistes d'Optimus Prime qu'il vaudra mieux considérer comme de la naïveté pour nous attarder sur ce qui demeure la plus grosses frustration du film : ses morceaux de bravoure. On était venu voir des robots se foutre sur la gueule ? Il faudra se contenter d'ellipses insupportables (le premier combat entre un Autobot et un Decepticon a lieu hors-champ, la mutation d'objets quotidiens à la fin expédiée en 3 plans), de bouillies illisibles dès qu'il s'agit de combats rapprochés (on ne distingue que des bouts de tôles numériques mélangés entre eux) mais surtout d'une gestion zéro de l'espace. C'est bien simple, on ne sait jamais qui se situe où, qui fait quoi et même qui est qui, ce qui ne facilite pas franchement l'immersion dans le chaos auquel on reste tristement extérieur.


Ce n'est que lorsqu'il accepte de poser un peu sa caméra, en recourant par exemple à des ralentis judicieux ou à des plans larges impressionnants, que Michael Bay nous permet enfin d'apprécier le spectacle, laissant songeur quand au monument de fun qu'aurait pu être son film. S'il n'est donc pas aussi dévastateur que prévu (ce n'est pas le monde qui est détruit mais une rue), « Transformers » demeure peut être l'½uvre la plus personnelle de son auteur, celle qui possède le plus de recul sur son cinéma. De quoi le rendre suffisamment distrayant et sympathique, à défaut d'en faire un bon film.


NOTE : 3/6

# Posté le mercredi 01 août 2007 00:24

Modifié le jeudi 02 août 2007 02:10

BAD BOYS

BAD BOYS
Dans l'esprit du public, le nom de Michael Bay est à jamais associé au cinéma pop-corn à très grande échelle, le genre où des astéroïdes explosent pour vanter la suprématie américaine, où l'attaque de Pearl Harbor est transformée en jeu vidéo et où l'on peut se balancer des cadavres à la gueule pendant une poursuite en bagnoles. Du maousse donc, pour un résultat souvent très con mais d'une indiscutable efficacité quand il s'agit de livrer des scènes d'action aux proportions dantesques. Du coup, on a souvent tendance à oublier que pour « Bad Boys », son premier long-métrage, le réalisateur qui atomise tout ce qui lui passe sous la main n'avait bénéficié que d'une enveloppe budgétaire de 20 petits millions de dollars. Comme quoi le bonhomme n'aura pas attendu des sommes à trois chiffres pour affirmer son style inimitable et son ambition démesurée.


Quand bien même on pourra trouver tous les défauts du monde à son cinéma (beauf, monté à la serpe, patriotique, bruyant), il est indéniable que Michael Bay fait parti de ces réalisateurs qui possèdent une véritable identité visuelle reconnaissable au premier coup d'½il. Ce n'est pas pour rien s'il a intégré, juste après sa sortie de la Weslevan University en 1988, la société Propaganda Films où il rencontra entre autre David Fincher, Spike Jonze et Alex Proyas. Rapidement, il aura su se démarquer en signant les clips d'artistes aussi prestigieux qu'Aerosmith ou Tina Turner et en emballant parallèlement quelques publicités pour lesquelles il se verra décerner de nombreux trophées. Après des campagnes pour Coca-Cola, Nike et Reebok, il décroche le Lion d'Or au Festival publicitaire de Cannes pour celle de la bière Miller et est même nommé réalisateur de publicité de l'année par la Directors Guild America. Nous sommes en 1995 et Michael Bay a tout juste 30 ans. Le vent en poupe, il décide de passer au cinéma et, remarqué pour son clip promotionnel pour « Jour de Tonnerre », rejoint l'écurie Jerry Bruckeimer qui produira son premier long-métrage : « Bad Boys », sympathique navet qui aura défini à sa façon une nouvelle approche du film d'action.
Redécouvrir ce buddy-movie à la lumière des autres films du cinéaste, c'est mesurer à quel point Michael Bay a toujours été un bosseur acharné prêt à tous les sacrifices pour revendiquer son « mauvais goût » esthétique. En effet, avec peu de moyens, il parvient à poser une ambiance véritablement séduisante, recourant à de nombreux filtres brûlés pour baigner Miami dans un crépuscule permanent et jouant avec les courtes focales pour conférer une large profondeur de champ à ses images qui semblent ainsi avoir coûté plus cher. Le générique d'ouverture n'est d'ailleurs pas sans rappeler les expérimentations d'un Michael Mann, ce qui n'est pas le moindre des compliments. Moins emballant : son approche de l'action laisse déjà transparaître certains tics de mise en scène qui viendront gâcher ses futurs projets, notamment les effets de caméra secouée dans tous les sens et un montage parfois sous amphétamine avec des plans de une nanoseconde chacun.


Ne cherchant jamais à masquer ses origines du clip et de la pub, Michael Bay opte pour un univers tapageur, entre mobilier art déco de nouveaux riches et voitures de luxe à la carrosserie rutilante, allant jusqu'à filmer une séquence dans un club de nuit comme s'il s'agissait d'une émission pour MTV. On pense d'ailleurs à l'imagerie vulgaire auquel le rap nous a habitué dernièrement en voyant à quel point la femme est réduit ici au rang d'objet à fantasmes dépourvu de cervelle tandis que les mecs braquent leurs flingues vers la caméra pour bien montrer qu'ils en ont une grosse. Les clichés sexistes, homophobes et même raciste seraient d'ailleurs particulièrement désagréables si l'esprit beauf qui anime la bande n'était pas à ce point assumé à grand coups de ralentis crétins (Ha, ce sursaut final du vilain méchant ! Ha ce plan de Will Smith courant chemise ouverte !) et de gags anars qui feront la renommée le réalisateur. Signalons au passage que celui-ci est allé jusqu'à payer de sa poche afin de mettre en boîte un travelling circulaire en contre-plongée sur les deux héros se redressant, plan particulièrement pompier qui deviendra sa signature mais qui prouve à quel point Michael Bay est dévoué à son art.
Si le premier « Bad Boys » possède donc un relatif intérêt historique dans la carrière du cinéaste, il n'en demeure pas moins un mauvais divertissement faisant pâle figure à côté des orgies visuelles que représenteront par la suite « Armageddon » ou « Transformers ». Nanti d'un script très mal branlé avec un bad guy particulièrement ridicule, le film ne repose que sur l'amusant tandem Will Smith/Martin Lawrence (encore que le second est souvent à claquer) hélas vite fatigant à force de prendre le pas sur le récit dans une succession de scènes répétitives (quid du passage dans la supérette pour acheter du shampoing ?). Cette large place accordée au vaudeville et à l'humour bas du front ne semble d'ailleurs être là que pour compenser l'absence de véritables morceaux de bravoure puisque, système D oblige, les rares séquences d'action se révèlent toutes très molles (le kidnapping de Téa Léoni), peu excitantes (les bidons d'éther lancés sur l'autoroute ne valent pas roues de train de « the Island ») ou illisibles (on ne comprend strictement rien au climax en voiture).


Buddy-movie sans grande prétention et dont le principal (l'unique ?) intérêt réside dans l'alchimie de son duo d'acteurs pas encore starifié, « Bad Boys » n'est qu'une petite mise en jambe pour Michael Bay dans l'univers du blockbuster. Fort de son succès au box-office (le film a rapporté 10 fois sa mise), le réalisateur pourra alors laisser s'épanouir le pyrotechnicien qui sommeillait en lui à travers des films autrement plus spectaculaires et jouissifs, faisant sa petite révolution dans le paysage cinématographique. Une certaine sacralisation de la bêtise en parfait contrepoint-point au traitement intelligent de l'action d'un « Die Hard 3 » sorti la même année.


NOTE : 2/6

# Posté le mardi 31 juillet 2007 00:38

Modifié le mercredi 01 août 2007 00:40

LES SIMPSON - LE FILM

LES SIMPSON - LE FILM
Projet maintes fois annoncé et repoussé depuis plusieurs années, la version cinéma des « Simpson » aura finalement du attendre l'été 2007 pour débarquer dans les salles, après plusieurs saisons au déclin qualitatif constaté par tous les fans de la série. Un certain relâchement dans l'ironie mordante et une relative paresse dans l'écriture qui témoignaient d'un essoufflement générale assez compréhensible (18 ans de loyaux services tout de même !) et qui pouvait susciter certaines craintes quand à la légitimité de cette adaptation au format large. Matt Groening et son équipe allaient-il parvenir à renouer avec l'inspiration des meilleurs épisodes ?


A la manière du passage sur grand écran de « South Park » qui se servait d'un long-métrage des pétomanes « Terrence et Philipe » pour faire sa propre mise en abîme et rejeter toutes critiques réactionnaires, « les Simpson : le Film » débute par une aventure décapante d' « Itchy & Scratchy ». Par un amusant jeu de miroir, nous découvrons Homer et sa famille assis dans une salle de cinéma et en train de regarder le film dans le film, devenant ainsi nos doubles de fiction, avant qu'Homer ne s'énerve en nous regardant droit dans les yeux et en nous pointant du doigt. « Il n'y a que les andouilles qui payent pour voir ce qu'on peut regarder gratuitement à la télé ! ». L'image, présentée dans un format 4/3 identique à celui du tube cathodique, va alors s'élargir pour épouser l'ampleur d'un cinémascope forcément plus beau et plus en phase avec ce qu'on est en droit d'attendre d'une ½uvre de cinéma. Le générique peut alors commencer, avec ses mouvements de caméra élégants obtenus par une utilisation d'outils numériques qui confèrent un relief inédit à l'univers de Springfield jusqu'alors cantonnée à un aplat 2D. Il ne faut donc pas plus de 5 minutes pour saisir la profession de foi des auteurs bien décidés à ne pas proposer une vulgaire histoire de 20 minutes étirée sur 90 mais bien un vrai long-métrage à part entière, avec une construction narrative et un rythme répondant aux exigences que le changements de support imposait (Homer se retrouve d'ailleurs avec un problème bien plus énorme que d'habitude à gérer). De nombreux gags se chargeront d'ailleurs de questionner le public sur son rapport avec l'objet filmique, notamment lorsque Bart écris en guise de punition « je ne dois pas télécharger ce film », quand un « à suivre » en plein milieu de la projection se ri de notre fascination pour les cliffangher de série ou qu'un bandeau pour la Fox critique ouvertement la contamination des programmes par la publicité. Même la séquence de Green Day sonne comme une critique adressée à l'encontre d'un public venu pour écouter l'hymne des Simpson sans s'intéresser au contenu écologique que les auteurs essaient de faire passer.


Pourtant, en dépit d'un scénario classique découpé en trois actes, « les Simpson : le Film » peine à vraiment se démarquer de son modèle télévisuel en ne proposant pas ce supplément d'ambition qui faisait toute la réussite de l'adaptation de « South Park ». Les traits des personnages jaunes auront beau être plus fins et les effets 3D conférer un vrai souffle à certaines images, aucune surprise ne viendra vraiment chambouler ce qui ressemble à un épisode de luxe pour spectateurs conquis d'avance. Aucune réelle prise de risques finalement puisque le métrage ne repose que sur des enjeux dramatiques déjà largement exploités dans la série depuis sa création en 1989. Ainsi, la petite romance de Lisa avec un écolo n'aura strictement aucun intérêt et la remise en cause du modèle paternel par Bart possède un fâcheux goût de déjà vu, tout comme la énième crise de couple entre Marge et Homer qui peine à injecter ce soupçon de gravité tant recherché (on sait tous très bien que les choses rentreront vite dans l'ordre). Des redites qui marquent clairement la limite d'un film conçu comme un cadeau pour les fans, avec sa batterie de second rôles géniaux pratiquement tous convoqués ici au détour d'un gag.
Reste qu'un épisode des « Simpsons » sur grand écran, ça reste un épisode des « Simpsons » avec ce que cela implique comme gages de qualité. Aussi, en dépit des quelques réserves émises plus hauts, il sera bien difficile de faire la fine bouche devant cette tornade comique irrésistible alliant parodie (prenez garde à Spider-cochon !), sens de l'absurde, comique visuel (Bart traversant Springfield à poil sur son skate, avec nudité frontale) et critique cinglante de la société. Car derrière le divertissement dynamique, il demeure toujours ces piques à l'encontre d'une industrie capitaliste méprisante (Bart déguisé en Mickey et déclarant « je suis la mascotte d'une entreprise démoniaque »), de l'administration politique américaine jouant les gros bras du monde (c'est carrément Arnold Schwarzenegger qui a été élu le Président des Etats-Unis !) et tout simplement l'américain moyen abruti par son petit confort et profondément égoïste.


Drôle, intelligent et foncièrement attachant pour tous fans qui se respecte, « les Simpsons : le Film » n'est ni plus ni moins qu'un épisode classique (en plus long et en plus beau) ayant au moins le mérite d'effacer le souvenir mitigé des quatre ou cinq dernières saisons de la série. Dommage que cette incursion d'Homer, Marge, Bart, Lisa et Maggie sur grand écran arrivent avec 10 ans de retard, sans quoi l'accueil eut sans doute été bien plus enthousiaste. Reste un excellent encas (qui a dit « donut » ?) pour patienter en attendant la conclusion du génial « Futarama » négociée par Matt Groening avec la Twenty Century Fox et prévue pour 2008.


NOTE : 4/6

# Posté le dimanche 29 juillet 2007 10:07

Modifié le mardi 31 juillet 2007 00:59

GERARD BUTLER - chapitre 7

GERARD BUTLER - chapitre 7
MODE CASSE-COUILLE ON

Je ne sais pas si c'est les vacances, mon habituelle dépression de juillet (une dépression en T-Shirt, ce qui la rend moins violente que la dépression de février. A ne pas confondre avec la dépression du mois de juin) ou l'incertitude de l'avenir (même si celui-ci semble se préciser lentement, avec probable déménagement à Paris en décembre, même si ça fait des années que j'en parle et qu'on final rien ne change). Ou alors c'est peut être le fait d'avoir eu 22 ans et de se rendre compte (après une journée comme les autres puisque les potes sont généralement absents, souvent parce qu'ils sont en vacances, ce qui empêche de faire la fête) qu'on a atteint aucun de ses objectifs dans la vie :

- réaliser mon premier long-métrage
- vivre à New York
- tuer Monique Pantel
- me shooter à la coke entre deux scéances de galipettes avec Charles Dera.
- préparer la mise en scène de mon suicide pour disparaître du globe et aller vivre chez les papoux (chose à préparer pour mes 23 ans, et merde ! je suis en retard sur mon planning là !)

Quelle misère putain !

MODE CASSE-COUILLE OFF


Trève de plaisanterie. Aujourd'hui encore, je me la joue ubber feignasse et ne vous propose donc aucun coup de gueule particulier ni le moindre point de vue quelconque sur le monde, ni une quelconque vidéos rigolote et/ou consternante, ni même la moindre bande-annonce.
Rien, que dalle, nada, même pas à bouffer je vous dis !

Comme ça, moi je gagne 30 minutes pour aller glander sur mon canapé en rejouant pour la 50em fois à Bobby Carrot, le nouveau jeu super con de mon nouveau téléphone (avec appareil photo intégré qui permet de prendre des images moches : trop bieeeeeen !). Et vous, vu que vous avez pas grand chose à lire en attendant ma prochaine mise à jour, vous pouvez aller vous oxygéner la tête en respirant l'air frais de la campagne. C'est 'ti pas merveilleux ça ?

Bon, pour pas vous faire trop de chagrin, sachez que mon papier sur Hot Fuzz sera en ligne d'ici vendredi soir ou, si pas, pour samedi matin. Après quoi je m'accorderai une escapade à Paris pour assister à une représentation du Lac des Cygnes à Versailles. A mon retour, j'espère entamer un cycle Michael Bay, génie mécompris du Cinéma renvoyant Michael Mann et MacTiernan à leurs chères études (une erreur s'est glissée dans cette phrase. Sauras-tu la retrouver ?). Si on y ajoute avec ça les Simpsons Movies, Transformers et le forcément génial Ratatouille qui sort mercredi, je vais avoir de quoi occuper mes nuits blanches.

Ou alors je me ramolirai encore plus et ne foutrai rien de mes journées en me cachant derrière l'excuse que "j'ai eu une année difficile j'ai bien le droit de me reposer quoi merde !" (excuse testée et approuvée par 99,99% des étudiants en arts).



NB : skyblog recommence sa censure les yeux fermés puisque je viens de m'apercevoir qu'un ancien article a disparu et je suis bien incapable de savoir lequel. Ce n'était même pas une photo choquante pour la mongole de moins de 50 ans mais bien une critique de film faite l'an passé. Malheureusement, impossible de retrouver de quoi il s'agissait. Franchement, ça m'éclaterai de rencontrer un jour le département "censure selon notre humeur et nos cycles menstruels" de skyblog pour savoir s'ils font exprès d'être cons ou s'il leur arrive parfois de lire les textes ava,t de les jarter.

NB 2 : Yannick Dahan reviendra bien l'an prochain pour une 5eme saison d'Opération Frissons ! Voilà une nouvelle qui réjouira tous les punk mother fucker fans de l'émission.

NB 3 : Monique Pantel reviendra aussi l'an prochain pour étaler sa médiocrité de critique cinéma sur les ondes radios. Espérons tous qu'elle périra dans un accident d'avion.

# Posté le jeudi 26 juillet 2007 20:05

Modifié le mardi 31 juillet 2007 10:44

HOT FUZZ

HOT FUZZ
Existe-t-il de meilleurs auteurs capables de s'adresser de façon aussi directe et profonde à la communauté geek qu'Edgar Wright et Simon Pegg ? Remarqués pour leur série « Spaced » avant de transformer l'essai sur grand écran avec l'instantanément culte « Shaun of the Dead », les deux artistes britanniques auront su véhiculer une certaine idée de la comédie intelligente en rendant hommage à tout un pan de la cinéphilie (la science-fiction, l'horreur, la romance). Sans jamais se complaire dans la parodie facile, ils ont prouvé leur parfaite assimilation des codes de chaque genre abordé pour mieux les décortiquer avant de les faire fonctionner à plein régime, installant un rapport à la fois critique et affectif envers leurs références. De vraies ½uvres réfléchies réalisées par des fans et pour des fans. Alors forcément, quand le tandem a annoncé son retour avec « Hot Fuzz », film d'action à l'américaine transposé dans la campagne anglaise, on piaffait d'impatience !


Avec son affiche promotionnelle calquée ouvertement sur celle de « Bad Boys 2 » (même composition et même posture des personnages), « Hot Fuzz » arbore fièrement son attachement aux blockbuster décérébrés de Michael Bay, quitte à se mettre à dos une partie du public geeks pas forcément réceptif au gigantesque travail de destruction que représente l'écurie Bruckeimer. Le désir de rendre justice à cette fange de divertissements irresponsables mais jouissifs est pourtant bien réel et fera partie intégrante de la mécanique narrative visant à transformer le héros, un policier londonien muté dans un petit village paisible, en justicier implacable sorti tout droit d'un film de Tony Scott (dont on retrouve ici quelques effets clippesques de « Domino »). Brassant un large panel de sous-genres allant du buddy movie (le duo Simon Pegg/Nick Frost fonctionne toujours aussi bien) au thriller en passant par le film d'horreur (quelques meurtres généreux dans le gore rigolard), le scénario s'interroge sur la manière dont le cinéma nourrit nos fantasmes et pénètre notre perception du réel, situant d'abord son action dans un cadre relativement « réaliste » avant de le contaminer par le rêve au fur et à mesure que les rebondissements s'accumulent. L'introduction du film se jouera ainsi de nos attentes en présentant froidement Nicholas Angel, le personnage principal, qui s'avance face caméra dans un plan volontairement épuré avant de nous noyer sous un déluge d'images commentées en voix-off, comme l'irruption soudaine de tout un imaginaire collectif lié au métier de flic, à savoir les courses-poursuites et les fusillades. Nous serons pourtant rattrapés par une réalité moins excitante où le travail du policier consiste la majorité du temps à boucler quelques jeunes n'ayant pas le droit de boire de l'alcool, résoudre les problèmes de voisinage et contrôler la vitesse des véhicules sur le bord d'une route. De la banalité d'un quotidien dépourvu de folie naîtra alors le désir de s'évader par le cinéma, lors d'une séquence pivot où le visionnage de « Point Break » s'effectue en parallèle d'un meurtre, la fiction débordant sur le réel (à moins que ce ne soit l'inverse) avec pour point de jonction une explosion, symbole de l'effondrement des barrières entre la fiction et sa mise en abîme (on ne sait plus trop si les flammes proviennent du film « Hot Fuzz » ou de « Bad Boys 2 »).


Edgar Wright en profite alors pour recharger ses munitions et dévoiler toute la teneur de son propos, reprenant de simples gags du premier acte (le « fasciste » balancé à la maîtresse d'hôtel, le directeur du supermarché souriant comme sur la photo de lui à l'arrière-plan) pour leur apporter un second niveau de lecture et les inclure à la narration, croisant habilement le premier et le second degré. « Hot Fuzz » s'oriente dès lors vers le pur film d'action délirant où les références se mettent à pleuvoir abondamment, allant de Clint Eastwood (entrée à cheval très western dans Sandford) à John Woo (un cure-dent au coin des lèvres façon « A Toute Epreuve ») en passant par « Raising Arizona » (un gunfigt à la supérette du coin). Loin de se limiter à une fonction de best-of d'images évocatrices, cette dernière partie prouve l'étonnante rigueur d'un script où chaque élément introduit sera justifié et réinjecté plus tard, mais permet en plus d'analyser le cinéma d'action en tant que fonction de défouloir. Car ne nous y trompons pas : si les plans signatures de Michael Bay (travelling circulaire sur les héros, contre-plongée sur les personnages regardant un hélicoptère passer) et de ses confrères sont repris tel quel, c'est bien pour mettre en avant leur nature bien plus subversive qu'elle n'y paraît (même si cette subversion est généralement inconsciente). En effet, face à une Angleterre consensuelle où chaque chose doit être à sa place (les membres du Conseil du village ont tous un nom se rapportant à leur fonction dans la société) et où chaque individu doit se confronter à une image idyllique de façade, il n'y a pas de meilleur remède qu'un bon petit gunfight ou une grosse explosion pour se défouler. Le trip bêtement régressif devient un plaisir coupable indispensable contre la morale bien-pensante que la société essaie d'imposer. Edgar Wright et Simon Pegg vont jusqu'à sublimer cette idée lors d'un affrontement final au milieu d'une maquette de Sandford renvoyant au kaiju eiga et où la star d' « Hot Fuzz » met littéralement la pâté à James Bond (fabuleux Timothy Dalton). Un combat de titans entre un vétéran de l'action à l'ancienne (un des autres bad guy du film est d'ailleurs tenu par un ancien adversaire d'Indiana Jones) et une incarnation plus moderne et bourrine. Le gagnant dans l'affaire ? Le spectateur.


Si l'on pourra toujours pinailler sur l'illisibilité frustrante de certaines scènes d'action, la générosité des auteurs déborde tellement à l'écran (même Peter Jackson fait une apparition en Père Noël) qu'il est difficile de bouder son plaisir face à ce qui reste un modèle de comédie capable de prendre du recul sur elle-même. Parce que l'on a tous rêvé un jour de porter un flingue en dézinguant tous les vieux qui passent pour le fun ; parce qu'on a tous envie de vivre de grand moment tragiques à la manière d'un Keanu Reeves déchargeant son arme pour exprimer son incapacité à arrêter Patrick Swayze dans « Point Break » ; mais surtout parce qu'on est tous des geeks élevé à une sous-culture véritable rempart au consensus mou des sociétés modernes, « Hot Fuzz » ne pouvait que nous aller droit au c½ur.


NOTE : 5/6

# Posté le lundi 23 juillet 2007 16:34

Modifié le dimanche 29 juillet 2007 22:33