Quelque part, « Transformers » avait tout du projet idéal pour le réalisateur de « Bad Boys 2 » et « The Rock ». En effet, celui-ci a toujours laisser transparaître derrière ses films le visage d'un gamin turbulent passant son temps à se salir dans la boue et à casser tous ce qui lui passe sous la main, préférant s'amuser avec des hélicoptères, des flingues ou des voitures plutôt que de s'embarrasser à raconter une quelconque histoire. Alors forcément, avec un concept aussi con que « des robots qui se battent contre d'autre robots », le pape de la destruction massive ne pouvait que se sentir dans son élément sans avoir à faire semblant de réfléchir. La seule question qu'il lui restait à se poser étant de savoir comment transposer sur grand écran un univers mignon et coloré pour séduire un large public pas forcément enclin à se taper une improbable tranche de série B ringarde. La solution : injecter un peu de noirceur en lorgnant du côté du récit d'invasion extra-terrestre, situant ainsi son action sur Terre là où la série animée se déroulait sur la planète des Transformers. Loin de leur aspect rubis cube original, ces derniers arborent d'ailleurs un look métallique très classe, leurs transformations impressionnantes regorgeant d'une multitudes de détails qui leur confèrent un aspect presque organique. Michael Bay modernise donc ses personnages et affirme sa différence au détour d'une séquence chez un vendeur de voitures d'occasion où sa vision de Bumblebee (une voiture de sport élégante) démonte littéralement la gueule à celle initiale (une coccinelle). Pas question pour lui de réaliser un « vulgaire film de jouets » (dixit lui-même). Son « Transformers » sera avant un tout un fantasme de gosse où tout ne sera que prétexte à défoncer des immeubles, creuser des cratères et livrer des combats de catch entre robots. Stupide ? Pas nécessairement car inconsciemment, le cinéaste suggère que les jouets aident l'enfant à se construire et que la destruction devient le seul moyen pour lui de trouver son identité profonde. Qu'il s'agisse de l'explosion d'une base militaire, du jardin ravagé d'une petite maison de la middle class ou des symboles de l'Amérique mis à mal comme un stade de sport éventré ou des voitures catapultées dans tous les sens, c'est toute une série de valeurs et de symboles (politiques, sociaux, culturels) qui s'effondrent (même le Président des USA est présenté comme un crétin incapable) pour ne laisser la place qu'au portrait d'un jeune adolescent humilié qui deviendra un homme en découvrant le sens profond de l'amitié et en emballant la fille de ses rêves (accessoirement, il sauvera le monde).
Pas de doute, l'empreinte de Spielberg à la production se fait ressentir tant l'esprit bon enfant des divertissements des années 80 est omniprésent, que ce soit dans le personnage de Frenzy, petit monstre délirant évoquant les Gremlins, ou bien dans le cadre ennuyeux d'une banlieue dont les gamins rêvent de s'évader. La meilleure scène du film reste d'ailleurs sans conteste celle où des enfants observent émerveillés l'atterrissage des Autobots, et notamment cet instant de complicité entre Ironhide s'extirpant d'une piscine et une petite fille croyant à la petite souris. Un moment de pur magie qui tendrait à classer « Transformers » du côté des films d'auteurs à la Joe Dante ou même, dans une moindre mesure, à la « Starship Troopers ». Il faudra cependant réfréner notre enthousiasme car il manque bien des atouts pour permettre au film de Michael Bay de pouvoir prétendre au même niveau des réussites précitées. A commencer par un scénario solide qui ne sous-exploiterait pas à ce point la mythologie de l'univers dépeint. Car à trop tourner autour des personnages humains, y compris quand ce n'était pas nécessaire (on ne compte plus les sous-intrigues insupportables à base de marine qui attend de retrouver son bébé au coucher du Soleil, de bonasse férue d'informatique, d'agent du FBI en sous-vêtements et de black obèse), le réalisateur oublie de nous attacher à ses Autobots dont seuls Optimus Pride et Bumblebee se détachent. Plus grave : on se contre-fiche éperdument de cette histoire de cube dont on ignore finalement tout et aucune tension ne se dégage des affrontements homériques, les enjeux et les robots au nom à coucher dehors étant bien trop minces ou peu définis pour qu'on s'y intéresse un tant soit peu.
Passons sur les diverses incohérences du script qui usent de raccourcis grossiers (des informations vitales dénichées sur e-bay, l'armée ne trouvant rien plus intelligent que de planquer le cube magique en centre ville au milieu des civils !) et sur les consternantes leçons humanistes d'Optimus Prime qu'il vaudra mieux considérer comme de la naïveté pour nous attarder sur ce qui demeure la plus grosses frustration du film : ses morceaux de bravoure. On était venu voir des robots se foutre sur la gueule ? Il faudra se contenter d'ellipses insupportables (le premier combat entre un Autobot et un Decepticon a lieu hors-champ, la mutation d'objets quotidiens à la fin expédiée en 3 plans), de bouillies illisibles dès qu'il s'agit de combats rapprochés (on ne distingue que des bouts de tôles numériques mélangés entre eux) mais surtout d'une gestion zéro de l'espace. C'est bien simple, on ne sait jamais qui se situe où, qui fait quoi et même qui est qui, ce qui ne facilite pas franchement l'immersion dans le chaos auquel on reste tristement extérieur.
Ce n'est que lorsqu'il accepte de poser un peu sa caméra, en recourant par exemple à des ralentis judicieux ou à des plans larges impressionnants, que Michael Bay nous permet enfin d'apprécier le spectacle, laissant songeur quand au monument de fun qu'aurait pu être son film. S'il n'est donc pas aussi dévastateur que prévu (ce n'est pas le monde qui est détruit mais une rue), « Transformers » demeure peut être l'½uvre la plus personnelle de son auteur, celle qui possède le plus de recul sur son cinéma. De quoi le rendre suffisamment distrayant et sympathique, à défaut d'en faire un bon film.
NOTE : 3/6




