MI$E A PRIX

MI$E A PRIX
Il aura fallu quatre ans pour que le réalisateur Joe Carnahan nous revienne enfin en force sur les écrans. Quatre années pour lui permettre de digérer les retombées de son second film « Narc », polar rugueux et bouleversant qui lui aura valu d'être courtisé par le tout Hollywood. On a cru un temps qu'il signerait le troisième épisode de « Mission : Impossible » mais c'était sans compter sur les divergences artistiques avec un Tom Cruise mégalo digérant mal que sa franchise lucrative puisse faire un tour du côté des milices africaines. Pas assez clean, pas assez populaire, trop engagé. Essoré par cette expérience anti-productive avec les grands studios, Carnahan se devait de revenir rapidement vers un projet plus modeste qui lui permettrait de se défouler un grand coup sans avoir à s'embarrasser de compromis. Le résultat s'appelle « Smokin'Aces » et c'est un sympathique exercice de style canalisant la ranc½ur de l'artiste sans le faire renoncer à ses ambitions de grand dramaturge.


Forcément, à la vue de la bande-annonce et des premières images du film, certains ne manqueront pas de rattacher « Mise à Prix » (titre français paresseux) à toute la smala des polars de Guy Ritchie, de Quentin Tarantino voir d'un sous-« Layer Cake » ou d'un « Kiss Kiss Bang Bang 2 ». Parce que le film a été vendu comme ça, faute de mieux, mais aussi parce qu'il en régurgite effectivement certains effets de style qui le propulsent directement dans la case des divertissements cool voir bad ass. Citons entre autres les longues scènes de tchatche qui s'achèvent sur un claquement de balle inattendu, la narration éclatée en plusieurs points de vue ou encore l'apparition du nom des personnages au fur et à mesure de leur introduction dans le récit. Evoquons également le casting exceptionnel mêlant habitués du genre (Ray Liotta, déjà présent dans « Narc », Andy Garcia qui ramène un peu d'« Ocean's Twelve » dans ses bagages), artistes à contre-emploi (Alicia Keys, épatante en tueuse sexy, la star du hip-hop Common), vedettes de la télé venues entretenir leur réputation (Jeremy Piven, au moins aussi énorme que dans la série « Entourage », Matthew Fox en guest moustachu) et stars ambitionnant de casser leur image (Ben Affleck qu'on avait pas vu aussi décontracté depuis les premiers Kevin Smith et Ryan Renolds qui trouve enfin un rôle à la mesure de son impressionnant charisme). Le thermomètre de la hype attitude grimpe donc très haut, d'autant plus que le scénario revendique ses emprunts aux pulp et comic books déjantés, notamment à travers son générique de fin proprement jubilatoire et le soin apporté au moindre figures d'arrière-plan, qu'il s'agisse d'un insupportable gamin adepte de karaté ou d'un avocat en sous-vêtements féminins. Des piques de folie bienvenus mais qui sont pourtant loin de nous préparer au déballage de noirceur qui clôturera la bande, sur une musique fortement chargée en amertume de Clint Mansell (déjà responsable des bandes originales de « Requiem for a Dream » et « The Fountain »).


« Smokin'Aces » n'est pas un film qui a pour but de nous ouvrir à la philosophie cantique, pas plus qu'il ne se pose comme une étude de la géopolitique actuelle. Carnahan aura beau prétendre avoir introduit un sous texte sur la guerre en Irak (en substance : le chaos est né d'une campagne de désinformation du gouvernement américain), ce n'est certainement pas ce que l'on retiendra à la fin de ce qui reste avant tout un pur film de personnages. A partir d'une intrigue basique dans laquelle un magicien mafieux se voit mettre un contrat sur sa tête pour avoir balancé une maison rivale au FBI, le réalisateur de « Narc » fait graviter une multitude de figures hautes en couleur reliées entre elles par un but commun (chopper Israël en premier). Le montage devient alors le prolongement extradiégétique des enjeux du récit puisque le passage d'un segment à un autre se fait dans la continuité d'un mouvement de caméra (une porte qui s'ouvre), d'un changement d'axe (une poignée de main) ou d'un dialogue (des répliques qui semblent se répondre). Ce pourrait vite être bordélique, ça demeurera d'une fluidité exemplaire, parce que Carnahan ne cesse jamais de filmer ses personnages en fonction de leur identité profonde. Le passage de la comédie au drame se fait donc naturellement, par l'intrusion d'un univers dans un autre. Exemple avec l'assassinat de Ben Affleck à tout juste vingt minutes du début : campant un personnage terne et sans grand intérêt pour la suite, le comédien est cadré simplement de face tandis que la discussion avec ses acolytes est filmée en plan fixe, avec un léger travelling arrière comme si le cadreur s'ennuyait lui-même et préférait se détacher de ces silhouettes peu accrocheuses. Ce n'est que lorsque les frères Trémors entreront dans le champ (notamment par le son agressif) que la scène s'animera, le trio de néo-nazi émergeant tout droit d'une bande vidéo punk et ultra violente. Leur énergie contamine l'image (meurtre brutal) et l'emporte sur le premier espace cinématographique pour lui donner un autre relief (le faux échange avec le cadavre).


Les ruptures de ton sont donc négociées avec élégance par le réalisateur qui parvient toujours à injecter cette dose étouffante d'humanité aux plus pourris des héros, valeur ajoutée sans laquelle l'investissement du spectateur atteindrait le niveau zéro. A ce propos, l'émotion n'est jamais là où on l'attend, un criminel pouvant se révéler étonnamment sensible (superbe agonie du chef de la sécurité), un psychopathe accepter en face le pathétique de son existence (amères retrouvailles au parking entre le bourreau et sa victime) et un mafieux pouvant prendre conscience de ce que sa trahison pouvait impliquer. On est pas prêt d'oublier cette séquence dans la salle de bain de Buddy où le magicien enlève une de ses lentilles de couleur en se masquant la moitié droite puis la moitié gauche du visage, comme s'il ne savait plus du tout à quel monde il appartenait ni qui il était, le montage accéléré des plans de reflets dans le miroir traduisant cette chute inexorable vers l'abîme.
Particulièrement fun, la première partie cumule les tranches de comédie (le discours féministe à un hôtesse d'accueil au sujet du métier de prostituée) pour mieux prendre le spectateur à revers lorsque la brutalité jaillira dans un second acte où chacun devra quitter sa bulle et tomber le masque, idée appuyée par la séquence particulièrement tendue de l'ascenseur où Ray Liotta voit apparaître le reflet hideux du monstre qu'il poursuit. L'Enfer pourra alors se déchaîner et les destins individuels influer les uns sur les autres, un plan-séquence au numérique un peu tape-à-l'½il se chargeant de remonter le fil qui rattache chaque protagoniste au suivant. Les seuls à pouvoir réchapper de ce brasier sont ceux à avoir accepté de la jouer solo, de se détacher de toute considération morale et donc de tout destin. Ainsi deux des survivants ne possèdent plus de doigts (donc plus d'empreintes digitales donc plus d'identité) tandis qu'un troisième est d'emblé présenté de dos, comme une forme modulable capable d'imiter la gestuelle et la voix de n'importe qui et n'ayant pas de vie propre.


Inventif, hilarant et réellement touchant, « Smokin'Aces » est une oeuvre sans prétention qui confirme le talent réel de Joe Carnahan aussi bien en tant que scénariste que réalisateur. « Narc » n'était donc pas un accident et c'est avec une impatience fébrile qu'on attendra désormais de retrouver le bonhomme derrière une caméra pour un projet un peu plus ambitieux et profond : « White Jazz », une adaptation de James Ellroy avec George Clooney. Et puisqu'on ne se refait pas, on guettera aussi le spin-off consacré aux frères Trémors que Carnahan devrait produire dans les mois à venir. Que du bonheur !


NOTE : 5/6

# Posté le mardi 07 août 2007 18:26

Modifié le jeudi 09 août 2007 02:09

ARMAGEDDON

ARMAGEDDON
Que c'est bon d'être un beauf élevé à la bière ! Qu'il est confortable de se laisser porter deux heures et demi durant par un maelström d'effets spéciaux, d'agressions auditives et de séquences émotions éculées ! On aura beau se la jouer cynique en brandissant le dernier numéro de Télérama, toute résistance est inutile. Quand Michael Bay débarque avec son « Armageddon » sous le bras, c'est à l'apogée du blockbuster dégénéré que l'on assiste, un authentique grand huit si énorme qu'il provoque le tournis et ne laisse pas une minute pour reprendre son souffle. Un spectacle de jouissance totale tellement assumé dans ses excès qu'il en devient juste inattaquable puisque chacun des défauts parviennent à se retourner instantanément en qualité. Qui aurait cru que derrière le réalisateur de « Bad Boys » se cachait un véritable artiste en total accord avec lui-même ?


Contrairement à « Deep Impact », autre histoire d'astéroïde sortie quelques mois plus tôt, qui portait un regard sérieux et humain sur la catastrophe menaçant la Terre, « Armageddon » fait le choix nettement plus fun de s'intéresser aux héros envoyés dans l'espace afin de faire exploser le rocher destructeur. Là où Mimi Ledger privilégiait les petites intrigues personnelles d'une assommante niaiserie, Michael Bay et son producteur Jerry Bruckeimer y vont à fond dans la testostérone, avec la volonté fièrement affichée de ridiculiser toute la concurrence en terme d'action (un petit chien bouffe d'ailleurs une figurine à l'effigie de Godzilla, clin d'½il au film concurrent de Rolland Emmerich sorti la même année). Aucun soucis de crédibilité scientifique ni la moindre velléité philosophique dans cet enchaînement de tableaux dantesques à la bonne humeur communicative. L'astéroïde ressemble davantage à une comète (c'est plus joli qu'une patate flottant dans le cosmos et ça permet de multiplier les péripéties), l'espace n'est plus silencieux mais propice à toute sortes d'explosions bruyantes, les sauveurs du monde semblent échappés d'une parodie de « l'Etoffe des Héros »... Toutes les cases du « Cahier des Charges du Succès de l'Eté » ont également été cochées pour rameuter le plus grand nombre de spectateurs, de la romance si belle et si pure pour lectrices de Jeune et Jolie au comique de service piqué aux frères Cohen en passant par le héros sévèrement burné mais avec un c½ur gros comme ça. Bref : tout était là pour donner envie de hurler à l'antiaméricanisme primaire et à la mort du Cinéma.
Et pourtant, on s'en fout. Parce que le métrage est tellement décomplexé du gland qu'il est absolument impossible de se méprendre sur ses intentions. Parce que tout est mis en ½uvre dans le seul but de déchaîner les enceintes, de nous rassasier jusqu'à l'overdose et de nous faire pleurer comme des cons. Et enfin parce qu'il ne fait aucun doute que le résultat n'aurait pas eu la même saveur avec un autre réalisateur que Michael Bay derrière la caméra. On dira ce qu'on voudra mais parvenir à titiller la fibre beauf du public n'est pas une tâche à la portée du premier venu. Aussi, il faudra bien rendre un jour justice à celui qui est capable avec n'importe quel budget, de trousser un divertissement qui a systématiquement de la gueule même quand il est raté. Bénéficiant à nouveau de la photo somptueuse de John Schwartzman, « Armageddon » nous balade d'un décors gigantesque à un autre sans jamais faiblir (une plate-forme pétrolière, la NASA où l'équipe est vraiment allée filmer le décollage d'une navette, une station orbitale russe, un astéroïde...), avec un usage virtuose des courtes focales conférant une profondeur de champ impressionnante au moindre plans larges. Le cinéaste sait remplir son cadre, capturer un coucher de Soleil et accorder le même soin maniaque à une explosion numérique ou à un vêtement froissé par le vent. Au point que chaque images revêt un caractère véritablement iconique, finissant par atteindre une certaine pureté cinématographique et à exalter les émotions les plus primaires.


Bien sûr, il serait facile de rire d'un homme tellement obsédé par la démesure qu'il va jusqu'à caser des hélicoptères dans une séquence intimiste. N'empêche : en parfaite harmonie avec lui-même (et pas si différent de l'esprit Bollywoodien), Michael Bay finit par nous terrasser d'un vrai souffle épique. Sa caméra toujours en mouvement créer un sentiment d'urgence permanent et souligne parfaitement l'état de panique qui envahit les protagonistes ; l'ensemble du casting joue le jeu à fond de la décontraction et tous se révèlent extrêmement attachants à commencer par Bruce Willis et Billy Bob Thornton, ; la musique de Trevor Rabin et Hans Zimmer impose un bellissime foudroyant à chaque déversement d'action et insuffle une profonde mélancolie à la moindre émotion qui pointe... D'une certaine manière, « Armageddon » renoue avec la démesure du cinéma des origines et tend clairement vers l'imagerie biblique des fresques de Cecil B. Demille. Ce n'est certainement pas un hasard si c'est la voix de Charlton Heston, le Moïse des « 10 Commandements », qui débute le film sur un plan séquence monstrueux au délicieux parfum d'Apocalypse. Les nombreuses scènes de destruction qui suivront ne seront d'ailleurs qu'une succession de tableaux évocateurs : New York bombardé par une pluies de météorites renvoie implicitement aux Sept Plaies d'Egypte, le ravage de Paris est observé du point de vue d'une gargouille surgit des Enfers, les diverses ethnies se contentent d'attendre que le ciel leur tombe sur la tête en priant les yeux tournés vers leurs Sauveurs Sacrificiels...
A ce propos : on est pas prêt d'oublier la séquence du lancement des navettes spatiales, quand le poids de la mission reposant sur les héros (accentué par de jolis ralentis) est rattaché au destin commun de la Terre, chaque patrie se mettant à l'écoute du Président des Etats-Unis. Une façon pachydermique de relier le tout petit à l'infiniment grand et qui déballe tellement de caricatures outrancières dans la vision des cultures internationales comme la France (des bergers écoutent la radio devant le Mont St Michel !) ou la Chine (restée à l'ère médiévale) qu'on finit par éprouver des frissons de plaisir. Le too much est si absolu qu'il confine au sublime. Néanmoins, ces cartes postales hilarantes du monde ne raisonnent pas tant comme un discours sur la supériorité de la puissance des Etats-Unis que comme un coup de coude complice au public, une manière de lui révéler que ce qu'il regarde n'est pas très sérieux. En effet, même la représentation du peuple américain a droit à son lot de clichés grotesques avec des petits enfants en salopettes qui jouent devant une affiche de Kennedy. Et que dire de ce plan trop peu commenté à la fin du film dans lequel le cadre est divisé en deux parties ? A gauche, une femme observent de sa fenêtre l'explosion de l'astéroïde. A droite, un homme fait de même à une autre fenêtre, sauf que celle-ci est partiellement recouverte d'une bannière étoilée lui obstruant la vue. Message subliminal d'un auteur refusant qu'on assimile ses jouets high-tech à de la propagande pour le patriotisme aveugle ?


Si la question mérite d'être posée (surtout en prenant en considération le reste de la filmographie de l'auteur), elle ne trottera pas longtemps dans la tête après la projection. Car « Armageddon » est avant toute chose un monument de générosité dont on pourra avoir du mal à gérer l'abondance (l'explosion de la station orbitale russe et le saut en Armadillo sur l'astéroïde ne servent absolument à rien). Un voyage délirant de cow-boys dans l'espace que les partis pris extrêmes de Michael Bay, impose comme une ½uvre réellement audacieuse, bien au-delà des standards du blockbuster calibré. Le cinéma, ça peut être très bête des fois. Mais dans le cas présent, ça peut aussi être vraiment très jouissif !


NOTE : 5/6

# Posté le lundi 06 août 2007 11:48

Modifié le mardi 07 août 2007 23:40

RATATOUILLE

RATATOUILLE
Avant de devenir un film réalisé par Brad Bird, « Ratatouille » était un projet initié par Jan Pikava, un jeune animateur remarqué pour son court-métrage « le Jeu de Geri ». Auteur d'une histoire de rat qui voulait devenir cuistot, il a su séduire le studio Pixar qui pris le risque de lui confier les rênes de leur nouvelle production. Une tâche sans doute trop lourde pour les frêles épaules de Pikava qui, incapable de resserrer les enjeux d'un récit partant dans tous les sens, accepta d'être épaulé puis remplacé par l'auteur des « Indestructibles ». Un passage de relais entre celui qui rêvait d'être cinéaste et l'artiste confirmé qui se trouve traduit à l'écran au travers d'une superbe séquence où un jeune balayeur sans aucune compétence pour la cuisine (Linguini/Pikava) tente de rattraper une soupe qu'il a renversé avant d'être secouru par un rat (Rémy/Brad Bird) doté d'un don pour la l'art culinaire. Superbe mise en abîme pour une ½uvre s'interrogeant sur la place du génie dans la création, qu'elle soit projetée sur grand écran ou présentée dans une assiette.


Ce qui frappe le plus à la vision de « Ratatouille », c'est de constater à quel point les films d'animation de Pixar s'écartent de plus en plus de ce qui est censé être le c½ur de leur public. Là où Dreamworks continue de se fourvoyer dans des formules paresseuses sans aucune ambitions esthétiques, le studio de John Lasseter prend le risque de lâcher les plus jeunes spectateurs avec des ½uvres assez longues, bavardes et sans soucis de l'efficacité immédiate. Pas de gags en rafales ni pas de parodies faciles pour assurer un rythme percutant. La seule nécessité demeure l'histoire, avec ses personnages creusés, son univers riches et son émotion prégnante. Une démarche sincère et risquée (le futur « Wall-E » devrait comporter très peu de dialogues) qui nourrit l'idée d'un cinéma intelligent guidé par des auteurs et non des financiers. Modeste, « Ratatouille » n'a donc pas pour but d'en mettre la vue ou de se vendre sur l'argument d'une quelconque avancée technologique. Bien entendu, le travail d'animation demeure étourdissant avec la vision délicieuse d'un Paris pittoresque servi par une photo romantique (superbe plan remontant des égouts jusqu'aux toits de la ville) ou encore le soin maniaque apporté à la représentation d'une cuisine de restaurant, avec son activité incessante et ses légumes si vrais qu'on en sentirait presque les arômes. Mais la performance technique passe toujours au second plan, l'action se déroulant tout de même plus de la moitié du temps dans une même pièce. Seul le regard du héros, un petit rat haut comme deux pommes, rend le décors menaçant car d'un gigantisme écrasant et constamment filmé en contre-plongée, ce qui rend chacune de ses avancées parmi les humains particulièrement ardues, la tension étant renforcée par la longue durée des plans nous faisant ricocher d'un danger à un autre.


Cette prédominance du scénario sur toute esbroufe visuelle nous ramène à la grande époque de Walt Disney, quand la firme de la Mickey produisait encore des films simples et magiques tutoyant la pureté des émotions comme par exemple « la Belle et le Clochard ». Ce retour aux sources n'est pas sans rappeler l'ambition de John Lasseter qui, après la fin du contrat liant Pixar à Disney, s'est retrouvé dans la position avantageuse de directeur créatif des deux studios, prononçant à cette occasion son désir de revenir à des film d'animation 2D pour rompre avec la mode actuelle du tout numérique. De toute évidence, « Ratatouille » est la premier signe de cette réorientation et on ne sera pas surpris d'y trouver une critique virulente du capitaliste triomphant. A travers le personnage du Chef Skinner ayant succéder au grand Auguste Gusteau, c'est toute une entreprise que Brad Bird attaque, quand la spécifié d'un art se retrouve déclinée en vulgaire produit mercantile, quand les idéaux d'une personnalité (Walt Disney/Gusteau) sont trahis pour vendre tout et surtout n'importe quoi. C'est en cédant aux sirènes de l'argent que le label de qualité se retrouve relégué au rang de marque sur un T-Shirt ou une boîte de surgelé et qu'il perd toute sa valeur.
Hasard ou coïncidence, c'est un autre rongeur, un rat, qui rejoue sous nos yeux la scène de la souris Mickey dans « Fantasia ». Les nombreuses séquences où le fin gourmet laisse déborder sa passion de la cuisine prennent ainsi l'allure de tours de magie, les ingrédients volant dans les airs comme autant de traînées de poussière lumineuse ou d'explosions de feu d'artifice. L'analogie entre cuisine et magie est d'ailleurs explicitée au travers des envolées « sons et lumières » censés retranscrire les sensations gustatives produites par les saveurs.


Pas de doutes : « Ratatouille » est bien une ½uvre qui utilise l'art culinaire pour autopsier la singularité du studio Pixar, à savoir sa vision exigeante du cinéma. Les renvoies explicites au monde du spectacle (Linguini est une véritable marionnette manipulée par Rémy pour créer des plats mémorables, Rémy dirige sa tribu de rats dans la cuisine comme un chef d'orchestre) sont à ce titre judicieux, d'autant qu'ils se doublent de vas et vient constant entre l'espace de la scène et les coulisses. Les coulisses, c'est bien entendu la cuisine/le studio Pixar où l'équipe s'affaire à choisir les ingrédients et les préparer pour obtenir le meilleur plat possible, avec cette touche d'inventivité qui fait toute la différence. La scène, c'est forcément la folie médiatique dont il faut savoir se détacher pour ne pas corrompre son identité (c'est en prenant la grosse tête sous le feu des projecteurs que Linguini enclenche l'engrenage qui le mènera à sa perte). C'est aussi le moment où l'on accepte de se soumettre à la critique parfois mordante.
En introduisant le personnage d'Ego, individu blasé sorti tout droit des « Noces Funèbres » de Tim Burton et qui tape ses articles sur sa machine à écrire un forme de crâne dans sa chambre/cercueil, Brad Bird réaffirme la supériorité de l'artiste sur celui qui le juge et prône la nécessité de croire au talent qui peut surgir n'importe où. On ne pouvait illustrer plus joliment cette invitation à adopter le regard innocent d'un enfant qu'avec ce formidable flash-back où Ego retrouve les plaisirs simples de la bonne cuisine de maman. Un plaisir ressenti en dégustant de la ratatouille, comme un échos aux spectateurs acceptant de laisser leur cynisme de côté face au film « Ratatouille ». Exquis jeu de miroir !


Bien qu'il n'ait eu que deux ans pour mener « Ratatouille » à son terme, Brad Bird aura su s'acquitter de cette ½uvre de commande pour livrer un film maîtrisé symbole du savoir-faire d'un studio capable de prendre le recul de lui-même. Une explosion de saveur qui suit une recette ayant fait ses preuves tout en apportant ce supplément de folie et de créativité qui le place à des années lumières de la concurrence standardisée. Un véritable festin pour les yeux et le c½ur, léger et onctueux. C'est sans hésitation qu'on réservera notre table pour le prochain menu du restaurant Pixar, là où il y a toujours à boire et à manger !


NOTE : 5/6

# Posté le dimanche 05 août 2007 23:52

Modifié le mercredi 08 août 2007 12:46

GERARD BUTLER - chapitre 8

GERARD BUTLER - chapitre 8
Serait-ce le grand retour de l'inspiration sur mon blog ?
Je n'en sais trop rien mais toujours est-il que mes articles semblent reprendre un rythme soutenu, avec une mise à jour quotidienne. Pas sûr que ça dure mais pour le moment, ça baigne. J'en profite au passage pour demander l'avis de mon lectorat au sujet de la légère orientation de mes textes désormais plus courts (rarement plus de 2 paragraphes), direct et s'attardant moins sur la genèse du projet. J'espère que cela vous plait et que cette réduction de lignes n'a pas d'impact sur le contenu.


Puisque je suis en forme, profitons-en pour faire un papier un peu plus intéressant que la fois précédente où je me suis laissé allerà la flemmardise. Exceptionnellement, je commencerai par les quelques bandes-annonces apparues ces derniers jours sur la toile.

* Alors qu'on ne s'est toujours pas remis de la baffe monumentale que fut Batman Begins, Christopher Nolan prépare dans le plus grand secret son DARK NIGHT dans lequel le justicier masqué affrontera le redoutable Joker au look particulièrement dérangeant. La présence d'Harvey Dent (le Double-Face qui sera le bad guy du 3em opus de la trilogie) a été confirmé, tout comme celle d'Eward Nigma aka l'Homme Mystère (Nolan nous préparerait-il une version revisitée en 100 fois mieux de Batman Forever ?). Il faudra aussi compter sur le retour de l'Epouvantail, ce qui promet quand même une belle gallerie de psychopathes à combattre dans ce qui s'annonce comme une suite plus sombre et directe que le précédent volet.

BAROMETRE : 6/6


* Dans la série "tout le monde s'en branle mais ils vont quand même en faire un film", dîtes bonjours à ALVIN ET LES CHIPMUNKS. Mais siiiiiiiiiiiiiii ! Souvenez-vous de ce dessin animé crétin qui passait dans les années 80 (dessin animé qui n'était jamais qu'un relooking, les personnages de ces espèces d'écureuils mutants ayant été crée dans les années 50. Revoici donc le trio de monstres mis à la page des années 2000 (comprendre par là qu'ils se la jouent dj'euns en enfilant des sweat à capuche ou en entonnant des tubes tendances. Futur étron de Noël 2007 ! Et pas question de se cacher derrière l'excuse de la nostalige !

BAROMETRE : 0/6


* Tous les geeks de la planète le savent : la semaine dernière avait lieu la Comic Con annuelle à Los Angeles, c'est à dire le place-to-be des dernières tendances et des dernières infos de la culture populaire. Les scénaristes de Lost sont venus lâcher quelques infos sur la saison 4 et ont ramené en cadeau une nouvelle vidéo inédite de Dharma Initiative , le quatrième volet de la mane lucrative SAW a promis de repousser les limites du plaisir malsain à travers sa vicieuse séquence d'ouverture et le IRON MAN de Jon Favreau s'est dévoilé à travers un trailer de 5 minutes pas spécialement entousiasmant.
Le Comic Con 2007 comme si vous y étiez, avec ces vidéos pirates filmées de l'intérieur de la salle de projection et permettant d'apprécier l'ambiance de la salle. Dépêchez-vous, ces liens risquent forts de ne pas durer ! (oui parce qu'en fait, faire la promo des films c'est génial mais entretenir le buzz autour d'images visionnées par seulement quelques privilégiés c'est parait-il beaucoup mieux).

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On se retrouve dans un instant après ce sketch délirant de Mad TV vantant les qualité du nouvel I-Rak. Culte, forcément.

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Je termine pour aujourd'hui avec 4 mini critiques de film vu récemment en dvd.

* Tout d'abord, deux films de René Feret, un de mes profs de fac. Peu convaincu par son "Il a Suffit que Maman s'en Aille" sorti en début d'année, j'ai découvert deux de ses anciens long-métrages.
Bonne surprise pour le premier, MYSTERE ALEXINA dont le sujet audacieux (le premier cas d'hermaphrodite découvert en France au 19em siècle) est traité avec une pudeur et une délicatesse rare, évitant constamment le graveleux pour aller vers l'émotion pure. Le comédien principal est tout simplement bluffant d'ambiguité (garçon ? fille ?) et la réalisation comporte quelques idées de mise en scène toutes simples mais belles (la scène de la plage, les moments d'intimité entre les deux maîtresses) qui compensent une photo moche comme chez Eric Rohmer et un côté téléfilm France 3 Régions souvent irritant (acteurs parfois trop théâtrals, production design absent). Une bonne surprise.
4/6

* Je suis en revanche nettement moins entousiaste à propos de DANS LA PEAU D'UNE AUTRE, dans lequel on retrouve Samuel Lebihan dans un de ses premiers rôle principaux (René Feret à été généreux puisqu'ils avaient déjà tourné ensemble l'année précédente). Outre les habituels défauts esthétiques (on a en permanence l'impression que le réalisateur tourne dans des vieilles maisons abandonnées tant les murs sont constamment sales et le mobilier absent), le film souffre de séquence estampillées "film d'auteur français chiant" à base de couple qui se quittent ou qui se forment, de dialogues qui sonnent parfois très faux et d'une mise en scène trop distante et dénuée d'audace (à l'exception d'une jolie envolée fantasmagorique dans un cimetierre). C'est particulièrement dommage car on sent que l'histoire est autobiographique et que René Feret à mis toute son âme dans le script, livrant sans voyeurisme son malêtre quand il a sombré dans la folie à la mort de son père au point de devoir être interné. Cette sincérité et cette honnêteté garanti au film un certain capital de sympathie mais ne le sauve hélas pas de l'ennuie.
2/6


* Avant de regarder les dvd de René Feret prêté par ma délicieuse amie Vanessa (big up sweety), je me suis décidé sur un coup de tête à me faire une soirée SAW en enchaînant les deux suites de la fausse révélation du cinéma d'horreur 2005. Les ayant loupé au cinéma (à vrai dire, je trouve le succès du 1er tellement surfait que je n'ai eu aucun scrupules à les zapper), je me suis laissé tenté par l'appel du vice et - ho surprise - j'ai drôlement aimé ça. Pas que le résultat pisse très loin mais SAW 2 et SAW 3 comportent suffisamment de bonnes idées pour que je les apprécie dvant une bonne pizza et une Smirnoff à la main. Si Darren Bouseman se vautre plus d'une fois dans les fautes de goût qui plombaient déjà l'opus de James Wan (essentiellement le montage clippesque moche et illisible dans les séquences chocs), j'avoue que son parti pris des couleurs vives pourrissantes fait son petit effet et qu'il se dégage quelque chose de vraiment glauque de ses films. SAW 2 surprend ainsi au démarrage en dévoilant un Jigsaw s'offrant aux flics, façon Seven, pour un jeu de manipulation à visage découvert. Son face à face avec un père de famille fatigué fonctionne admirablement pendant que se déroule en parrallèle un vrai jeu de massacre dans une maison piégée. Pas crédible pour un sous mais suffisamment retor et dynamique pour emporter l'adhésion, avec en prime un dénouement bien plus surprenant que celui du 1er opus. En gros : le film assume son côté fête foraine et ne masque pas que les pièges du Jigsaw ne sont prétextes à étaler à l'écran une quantité impressionnantes de supplices sadiques.
On en vient presque à comprendre l'interdiction aux moins de 18 ans qu'à écopé SAW 3 chez nous puisque ce volet repousse les limites du mauvais goût et du nihilisme. Un enchaînant de scènes trash bien crados (l'opération à cerveau ouvert), un développement réel des personnages doublé d'une légère réflexion sur la vengeance (supplice christique à l'appuie), un climat encore plus étouffant... Narrativement, c'est franchement branque et ça cumule non stop les scènes sordides mais l'ensemble fonctionne plutôt pas mal. Quand au dénouement dégueulasse, bien que perdant un peu de son impact à cause d'une surdose de rebondissements, il est sans doute le seul moment vraiment dérangeant de la trilogie, son desespoir et sa perversité repoussant les limites du concevables.
La saga SAW est loin d'être parfaite et elle affiche clairement ses limites dans SAW 3. N'empêche que ses scripts malins et le concept assumé des pièges tordus prétextes à toutes les souffrances lui permet sans difficultés de faire valoir ses arguments à côté de tous les Vendredi 13 et autres slasher bas de gamme. Pas de grands films, peut être même pas du vrai cinéma. Mais du pur plaisir SM, un défouloir à tout ce que notre humanité à de plus sordide. J'avoue : j'aime ça.
NOTE : 4/6


Je vous quitte là pour aujourd'hui et vous dis à très vite pour ma critique de Rock et surtout pour une bonne assiette de RATATOUILLE !

# Posté le vendredi 03 août 2007 01:30

Modifié le vendredi 03 août 2007 05:01

ROCK

ROCK
Tout juste un an après la petite surprise que fut « Bad Boys » au box-office mondial, une autre production hollywoodienne venait sceller la lucrative collaboration entre Michael Bay et son producteur Jerry Bruckeimer : « The Rock ». Mais alors que les aventures à Miami du tandem Will Smith/Martin Lawrence s'apparentaient davantage à une carte de visite dans laquelle le réalisateur montrait son aptitude à assurer le spectacle avec peu de moyens, ce second long-métrage nettement plus cher et maîtrisé allait devenir un des gros succès de 1996 et imposer le futur auteur de « the Island » comme une valeur sûre du cinéma à grande échelle.


Ce qui fait la force de « The Rock », au point d'être souvent considéré comme le meilleur film de son auteur, c'est d'abord son script simple et remarquablement bien ficelé. A première vue, rien de bien révolutionnaire dans ce concentré d'action où deux personnages que tout oppose sont contraints de faire équipe pour empêcher un terroriste de lancer un virus sur San Francisco. Il n'empêche que les personnages sont suffisamment bien écris pour qu'on s'y attache, à commencer par le bad guy de l'histoire bien moins stéréotypé que ce que le genre propose habituellement. Raison de ses motivations compréhensibles et matinées d'un soupçon de critique envers le gouvernement américain (le général réclame la reconnaissance de tous les soldats abandonnés par l'armée), ambiguïté morale quand à ses actes (la menace d'exécution d'un otage, son coup de bluff en lançant un missile), attachement au code de l'honneur (il est attristé par le massacre d'une unité militaire venue le mettre en échec)... Ed Harris est remarquable dans ce rôle terriblement humain, surtout que le réalisateur parvient à susciter une empathie immédiate envers lui dès le générique d'ouverture où le montage de plans disparates (explosion, caméra plongeant dans le regard de l'homme brisé, soldats marchant en étendant la bannière étoilée) et de divers éléments sonores (cris, discours, musique patriotique) suggère plus quand au trauma du personnage qu'un long discours explicatif.
Face à lui, le duo formé par Nicolas Cage (dans son premier vrai blockbuster) et Sean Connery fait des merveilles, bien loin de l'humour beauf d'un Martin Lawrence. Le premier, censé être le héros de l'histoire, apparaît en total décalage avec l'univers dans lequel il est propulsé, sa cool attitude d'adulte insouciant qui gratte sa guitare à poil en rentrant chez lui contrastant avec la violence des évènements qui le dépasse et qui le forcerons à s'endurcir, quitte à tuer des êtres humains. Le second, en bagnard relâché pour sauver la situation, est d'une classe impériale, Michael Bay ne se privant pas de lui aménager quelques jolies sorties de scène dans le brouillard ou lors de l'épilogue. Le charisme des deux interprètes associé à une dynamique autrement plus excitante que celle d'un buddy movie traditionnel permet donc à « The Rock » de s'imposer comme un très agréable moment de fun léger et moins bête que la moyenne.


Nanti d'un solide budget à la hauteur de ses ambitions, le cinéaste imprègne son film d'un certain cachet prestigieux en utilisant au mieux les décors mythiques au centre des enjeux narratifs, notamment la ville de San Francisco (dont les rues en pente seront prétexte à une amusante poursuites en voitures) et plus particulièrement l'île d'Alcatraz (pour un dérivé assez réussi de « Die Hard »). Il est aidé par le directeur de la photographie John Schwartzman (avec lequel il travaillera sur ses deux métrages suivants) qui offre aux images des contrastes que ne possédait pas « Bad Boys », atténuant grandement l'impression d'assister à une publicité bardée de filtres oranges et bleus. Le goût affirmé pour les couleurs fluo demeure cependant, avec des écrans de contrôles diffusant une lueur de néons et une virus redoutable prenant la forme particulièrement cinématographique d'une grappe de sphère vertes. Globalement, « The Rock » demeure tout de même le métrage le plus accessible au grand public de son auteur, les ralentis pompiers et les visions d'hélicoptères devant un Soleil de plomb étant relativement discrets, tout comme la présence effacée du Président des Etats-Unis qui est judicieusement filmé dans la pénombre afin de ne pas insister sur la débilité de son discours.
Les scènes d'action font également preuve d'une certaine retenue puisque, si les gros plans tremblotants qui zooment sur le visage des acteurs mimant la conduite répondent toujours à l'appel, on arrive relativement bien à distinguer ce qui se passe à l'écran. On est bien loin de l'amateurisme de son premier film et on sent même que Michael Bay se restreint dans l'humour anar, témoin cet insert fugace sur des handicapés en chaise roulante qui ne seront pas secoués comme c'était le cas dans « Bad Boys ». Le naturel revient cependant au galop lors de l'apothéose finale où Michael Bay craque son slip en balançant la sauce musicale (du Hans Zimmer emphatique comme on l'aime) sur les images d'un Nicolas Cage se la jouant christique, les bras en croix et une fusée de détresse dans chaque mains, offerts en sacrifice à de gros avions de chasse. Carrément too much mais franchement jouissif, ce climax marque l'affirmation totale de la Bay's touch, style grotesque qui culminera dans ses ½uvres suivantes encore plus décomplexées et généreuses en morceaux de bravoure.


Réglé comme du papier à musique, « The Rock » représente une certaine idée du divertissement sympathique des années 90, au même titre que « Speed ». Un casting solide, un script malin alignant les rebondissements habiles, une certaine modestie malgré les sommes énormes engagées... Et un réalisateur qui mène sa barque avec une indéniable efficacité et un grand sens du rythme. Salué par le grand public, ce second succès consécutif au box-office allait immanquablement précipiter Michael Bay vers l'accomplissement total de son cinéma, là où il ne pourrait plus jamais faire l'unanimité pour (« The Rock ») ou contre (« Bad Boys ») lui.


NOTE : 4/6

# Posté le jeudi 02 août 2007 01:15

Modifié le samedi 04 août 2007 00:21