THE ISLAND

THE ISLAND
Jerry Bruckeimer a sûrement encore du mal à s'en remettre : son bébé Michael Bay, la chair dégénérée de sa chair dégénérée, quittant brusquement le foyer familial pour aller rejoindre la maison Dreamworks et acceptant d'être parrainé par Steven Spielberg en personne ! Un changement surprenant qui témoigne du profond désir d'évolution du réalisateur, comme si son « Bad Boys 2 » définitif avait clôturé un cycle et qu'il était désormais impossible d'aller plus loin dans le délire régressif. C'est donc aux commandes d'un film d'anticipation qu'on le retrouve avec « the Island », une histoire de clonage et les questionnements moraux qui en découlent.


Dès le générique d'ouverture, on sent que quelque chose a changé dans la façon dont Michael Bay appréhende sa mise en scène. Non pas que l'artiste ait renoncé à ses recherches esthétiques habituelles mais celles-ci se doublent désormais d'une véritable réflexion sur l'imagerie publicitaire, la vision léchée du monde sur fond de ch½urs religieux camouflant une réalité nettement plus sordide. La sirène Scarlett Johansson flottante sur un bateau restera inaccessible, le rêve idyllique de Lincoln 6 Echo se muant en cauchemar, ralentis saccadés et montage épileptique à l'appuie. L'île du titre, ce fameux paradis promis à tous les individus issus de la cité utopique du futur, n'est qu'un leurre, une illusion permettant de contrôler les foules. Ce n'est qu'en refusant de se soumettre au système propagandiste, en remettant en question ce que les écrans racontent et en traversant le voile virtuel qui entrave la conscience que la vérité du monde pourra éclater.
Avec son premier acte plus posé qu'à l'accoutumée, « The Island » surprend par la pertinence de son propos éminemment politique. Certes, les emprunts divers à « THX 1138 » (rapports sexuels prohibés, blancheurs clinique des costumes et des décors), à « Bienvenue à Gattaca » ou encore « Minority Report » (les araignées mécaniques, les véhicules volants de la police) sont trop flagrants pour que le métrage puisse vraiment prétendre révolutionner la science-fiction. Il n'empêche que le portrait que fait Michael Bay d'une société trop propre pour être honnête comporte certaines idées qui méritent qu'on s'y attarde. A commencer par la mystérieuse loterie présentée par un top model surréel qui renvoie implicitement au tirage au sort des Cartes Vertes pour les candidats à l'immigration américaine. Le réalisateur décrit ainsi les Etats-Unis comme un système capitaliste totalement déshumanisé où seuls les riches ont droit à la bonne santé, où le corps est devenu une marchandise comme les autres et où l'homme est élevé comme du bétail, abruti par un flot ininterrompu d'images censées le conditionner. La vision glaçante d'une infirmière arrachant un bébé à sa mère avant de la tuer ou la révélation sur le personnage de Djimon Hounsou permettent donc d'interroger le spectateur sur les dérives du monde moderne (le Président des USA est traité ouvertement de crétin) où les puissants exploitent les plus faibles, tout en soulevant parallèlement les problèmes éthiques que soulève actuellement le clonage.


Hélas ! Chassez le naturel et il revient au galop ! Passées les 40 premières minutes d'exposition forts réussies et relativement sobres, Michael Bay abandonne ses tentatives d'un cinéma plus subtil pour revenir vers le spectacle bourrin qui a fait sa renommée. Le cinéaste aura eu beau passer sous le pavillon Dreamworks, c'est à un frustrant retour deux ans en arrière qu'on a l'impression d'assister, les courses-poursuites et les effets pyrotechniques commençant à s'enchaîner sans grande surprise. Outre le remake en nettement moins bien de la scène de l'autoroute de « Bad Boys 2 » (des essieux de trains remplacent les voitures), ce sont surtout les nombreuses incohérences qui plombent la narration, le sujet ne se prêtant clairement pas au traitement fun et bordélique du film précité. Difficile de ne pas sourciller quand les deux fuyards innocents comme des enfants survivent à une chute d'une centaine de mètres ou quand ils parviennent à échapper à plusieurs reprises à un commando surentraîné. On sombre même carrément dans le grotesque avec l'arrestation de Jordan Two-Delta, la damoiselle se retrouvant allongée dans une clinique prête à être opérée mais en portant toujours ses vêtements qui lui permettent de dissimuler une arme. Un peu plus de crédibilité n'aurait pas fait de mal pour une fois, tout comme il aurait été préférable de limiter les placements de produit tellement abondants et voyants qu'ils finissent ici par nuire à l'intégrité artistique de l'ensemble. Des clones qui chaussent des Puma au matin ou qui se kickent la gueule grâce à la X-Box, ça ne fait pas très sérieux, avouons-le !
Reste que ces vilains travers de Michael Bay ne suffisent pas à plomber un film au production design très classe (entre mobilier art déco épuré à l'extrême et accessoires futuristes du plus bel effets comme ce bureau qui fait office d'écran d'ordinateur) et dont le dénouement est sans doute bien plus ambiguë que le simple « faisons la peau aux riches » qu'on pourrait y lire au premier abord. En effet, dans leur quête effrénée pour retrouver leurs origines, Lincoln et Jordan ne passent-ils pas de l'éveil au monde à l'âge adulte en perdant leur pureté (symbolisée par les vêtements blancs en opposition aux uniformes noirs des responsables de la sécurité) ? N'est-il pas question pour chacun d'eux de gagner sa liberté en laissant mourir ceux dont ils sont les doubles quitte à en prendre la place ?


Michael Bay laissera chacun tirer ses propres conclusions, préférant clôturer son récit sur une séquence onirique où les esclaves sont libérés de leurs chaînes suite à la mort de leur Dieu Créateur. Ils contemplent un inconnu plein de possibilités tandis que le couple formé par Ewan McGregor et Scarlett Johansson s'autorise enfin à vivre le rêve auxquelles ils aspiraient. Dans leur découverte des sentiments humains, ils ont fait l'expérience du plus fort d'entre tous : l'Amour. Qui aurait cru qu'au milieu d'une ½uvre toute entière dédiée à la destruction, le réalisateur d' « Armageddon » serait parvenu au moins une fois à célébrer la Vie ?


NOTE : 4/6

# Posté le lundi 13 août 2007 11:46

Modifié le mardi 14 août 2007 12:19

BAD BOYS 2

BAD BOYS 2
Il était une fois un réalisateur de vidéo-clips qui s'essaya au cinéma après une rencontre avec le producteur Jerry Bruckeimer. Le prodige s'appelait Michael Bay et il vénérait les filtres de couleur dont il abusait dans ses films explosifs lui permettant d'assouvir ses penchants de pyromane. Mais le petit Bay souffrait d'une maladie grave : il était beauf comme son père spirituel. Rejeté par ses camarades critiques, il tenta de s'acheter une respectabilité artistique avec « Pearl Harbor », version Disneyland de l'attaque du 7 décembre 1941. Hélas ! Tout le monde s'aperçu qu'il avait louché sur la copie « Titanic » de James Cameron en dépit de la grosse dose de patriotisme ajoutée à la romance contrariée. Pointé du doigt, blessé au plus profond de son ego surdimensionné, le cinéaste décida de se terrer dans un coin pour jouer tout seul avec ses pétards, jurant qu'il ne s'essaierait plus jamais à la maturité.


Deux ans plus tard, « Bad Boys 2 » déboule dans les salles. En s'attaquant à la suite de son premier long-métrage, Michael Bay affiche son désir de revenir à des plaisirs simples, loin des ambitions mal placées de sa machine à Oscars. Pitch de film d'action basique autour d'une affaire de narcotique, refus d'une violence édulcorée, vulgarité assumée... Un éloge du Cinéma Zéro raisonnant comme un doigt d'honneur tendu à la face du monde. Le réalisateur ne tente pas de mentir sur la marchandise et décide de se faire plaisir en piratant un divertissement populaire (on a quasiment affaire ici à un remake en beaucoup plus thuné du premier et très mauvais épisode) pour en faire un vaste laboratoire d'expérimentations vouées à enfoncer la concurrence plus bas que terre. Les « Fast and Furious » et autres « XXX » peuvent aller se rhabiller ! Avec pas loin de 2h30 au compteur, cette nouvelle aventure de Marcus Burnett et Mike Lowrey se place sous le signe de l'excès et de toutes les outrances.
Transformant chaque fusillade en guérilla urbaine et chaque poursuite en ode à la tôle froissée, Michael Bay pousse son style à son paroxysme et fait preuve d'une générosité débordante dans les morceaux d'anthologie quitte à frôler l'overdose lors d'un climax totalement gratuit de 20 minutes. Toujours plus d'effets publicitaires tendances (le générique limite psychédélique), toujours plus de ralentis empathiques, toujours plus d'explosions... Cette esbroufe totale serait vite fatigante si elle ne s'accompagnait pas d'une inventivité visuelle constante, le réalisateur usant de l'outil numérique pour créer des plans impossibles à créer sans mettre en danger l'équipe technique. On pense ainsi à cette course-poursuite sur l'autoroute où des voitures font office de projectiles, frôlant de près la caméra et les acteurs ou s'encastrant les unes dans les autres. On pense aussi à ce gunfight dantesque où l'on passe des héros aux méchants séparés par un mur grâce à un mouvement fluide autour d'un axe rotatif. Sans parler de ce plan-séquence totalement gratuit qui part d'un hélicoptère en plein vol pour aller rejoindre les bouches d'aérations d'une boîte de nuit avant de finir sa course sous les minijupes de nanas en chaleur.


« Bad Boys 2 » aurait certainement tout du produit abrutissant et insultant à fuir d'urgence si Michael Bay n'y avait pas adjoint une furieuse dose de dérision qui le rend strictement impossible à prendre au sérieux. L'auteur ne s'embarrasse pas d'une quelconque morale et verse franchement dans l'humour le plus déviant comme si l'exercice de destruction massive auquel il se livre n'était qu'un prétexte pour dégommer quelques tabous au passage. Le dernier plan du générique d'ouverture ne laisse d'ailleurs planer aucun doute sur les ambitions du réalisateur puisque l'apparition de son nom accompagne l'image d'une croix chrétienne en train de brûler ! En vrac, on se moquera d'une grosse gamine décérébrée et élevé dans le luxe, on rira d'une grand-mère totalement indifférente au meurtre et on nous gratifiera de joyeuses scènes de comédie teintées d'homophobie (mention spéciale à la discussion jubilatoire entre Will Smith et Martin Lawrence dans le magasin vidéo).
Enfermé dans son délire régressif, Michael Bay s'autorise absolument tout, allant jusqu'à montrer le coït de deux rats pour mieux mettre en exergue la nature primitive de l'être humain. Les animaux baisent comme des hommes alors qu'une cassette nous montre des hommes baiser comme des animaux. Aucun respect n'est donc accordé aux individus quel qu'ils soient, même lorsqu'ils sont morts. Et surtout pas quand ils sont morts serait-on tenté de rectifier puisque les cadavres sont au c½ur des moments les plus morbides et hilarants du film. Ils servent de projectiles lors d'une course-poursuite mémorable, on fouille dans leurs tripes pour trouver la drogue planquée dans une morgue, les boîtes crâniennes se dévissent, on se couche aux côtés d'une bimbo réfrigérée avec des seins énormes... Du mauvais goût absolu revendiqué jusque dans l'idéologie limite nauséabonde de certains détails du script, tel cette caricature du KKK dont les droits de prisonniers seront purement et simplement niés. Le summum sera atteint lors de l'apothéose finale où les héros, poursuivis à Cuba, iront défoncer les quartiers pauvres à grand coups de 4x4 avant de trouver refuge dans le seul endroit démocratique du pays : le camp de Guantanamo. Hallucinant !


Une telle accumulation de déviances immatures ne peut que forcer le respect ! Doté d'un savoir-faire technique impressionnant et d'un tandem comique nettement plus convaincant que dans le premier épisode, « Bad Boys 2 » éclate les limites du film d'action décérébré et finit par s'imposer comme un plaisir coupable aussi repoussant que fascinant. Un défouloir vraiment irresponsable, certes, mais finalement bien plus transgressif qu'il n'y parait. Et si Michael Bay avait signé là son chef d'½uvre ?


NOTE : 4/6

# Posté le dimanche 12 août 2007 10:25

Modifié le lundi 13 août 2007 11:46

LES QUATRE FANTASTIQUES ET LE SURFER D'ARGENT

LES QUATRE FANTASTIQUES ET LE SURFER D'ARGENT
Ca coûte cher de faire un téléfilm de nos jours. Avec l'inflation (mais surtout avec un petit technicien médiocre aux commandes), on a vite fait de se retrouver avec un produit comme « les Quatre Fantastiques et le Surfer d'Argent » qui a coûté 130 millions de dollars mais qui semble avoir été produit pour 10 fois moins. Tous les spectateurs frustrés par le premier épisode avare en action peuvent donc passer leur chemin : aux affrontements homériques tant attendus et promis par l'introduction de deux des plus grands méchants de la galaxie Marvel, Tim Story préfère appliquer la formule du parfait divertissement insipide en rabaissant la richesse du comics d'origine au niveau d'une très mauvaise sitcom.


Débarrassé de la lourde étape de l'introduction, la seconde aventure des Quatre Fantastiques avait absolument tous les atouts en mains pour s'imposer comme une des plus intenses adaptations de bande dessinée. L'origine du pouvoir des héros et de leur Némésis était établie, la dynamique du groupe fonctionnait à peu près même si elle trahissait parfois le matériaux de base, leur rapport à la célébrité et les quelques questionnements individuels ne demandaient plus qu'à être correctement développé dans les suites futures... Certes, ce premier épisode était d'une incroyable nullité et visait trop clairement la marmaille en prenant la création de Stan Lee de haut. Néanmoins, on pouvait espérer que le réalisateur prendrait note des critiques des fans et tenterait de rectifier le tir en proposant un spectacle d'une plus grande ambition et avec de vrais enjeux narratifs. Aussi, l'annonce du Surfer d'Argent en tant que vedette d'un nouveau volet avait de quoi rassurer puisqu'il s'agit d'un des personnages les plus profonds du catalogue Marvel, avec un potentiel émotionnel et iconique énorme. Plus excitant encore : sa présence impliquait logiquement celle de son maître Galactus, le redoutable Dévoreur de Planètes. Du coup, l'intrigue devait logiquement gagner en ampleur vu qu'il est tout même question ici de la destruction de la Terre et donc de la fin de l'Humanité.
C'était sans compter sur l'indigence d'un script préférant accorder 45 minutes (sur les 90 totales, générique de fin compris !) à la préparation d'un mariage – finalement avorté -entre Reed Richards et Sue Storm plutôt que de plonger dans les tourments de l'extraterrestre en métal condamné à servir une puissance cosmique à l'appétit insatiable. Encore une fois, les personnages ne sont abordés que sous l'angle de la comédie, leurs pouvoirs phénoménaux ne servant qu'à alimenter des gags totalement foireux. Vous rêviez de voir Mr Fantastic danser avec des pouffes, la Femme Invisible faire disparaître un bouton ou d'entendre la Chose roter ? Tim Story a exaucé vos prières ! Par contre, n'espérez pas voir la famille hors norme se battre et unir ses forces dans le but de secourir l'Humanité puisqu'à l'exception du sauvetage d'une grande roue (aussi intense qu'une visite à l'hospice) et d'une brève séquence d'à peine deux minutes en guise de climax foireux, elle ne fera strictement rien, se retrouvant même impuissante face à l'immense cumulonimbus venu engloutir la planète bleue.


Ne comprenant strictement rien à ce qu'il raconte, le faux fan faisant office de réalisateur a trouvé le moyen de foirer le traitement de TOUS les personnages, qu'ils soient bons ou mauvais. Le Surfer d'Argent voit sa psychologie réduite au strict minimum (une simple soumission au Dévoreur avant que sa rencontre avec une grosse connasse ne pensant qu'à se marier ne le conduise à se rebeller), Fatalis est toujours considéré comme un bouffon sorti de Power Rangers, la Chose se contre-fiche de sa condition (Ben Grimm retrouve par deux fois son apparence humaine et ne ressent aucun déchirement en retournant à son look en plastique)... Aucune émotion ne se dégage donc de ce long-métrage déconseillé aux plus de 6 ans, pas même lorsque la Fin du Monde approche dans l'indifférence générale (c'est tellement mieux de se concentrer sur les sous intrigues qui n'intéressent personne). Parvenir à livrer un blockbuster aussi pingre en morceaux de bravoure quand le générique affiche Fatalis, le Surfer d'Argent et Galactus relève de l'exploit ou de l'incompétence la plus crasse.
On aimerait pouvoir se consoler avec les deux ou trois bonnes idées reprises de la bd (les pouvoirs échangeables, le jet des Fantastiques) ou bien l'approche originale de Galactus dont le design s'éloigne du géant en costume kitsch pour devenir une force cosmique tentaculaire et réellement effrayante. Malheureusement, la pauvreté visuelle de l'ensemble ramène constamment le métrage vers une dimension télévisuelle en retard de 20 ans sur la concurrence. Outre des effets spéciaux franchement bâclés (à l'exception du Surfer d'Argent, confié aux bons soins de Weta) et un score absolument transparent de John Ottman dont il est impossible de retenir une seule note, rarement une histoire nous baladant sur l'ensemble du globe n'aura paru si peu dépaysante. Les décors de Londres, de Manhattan ou de Chine paraissent bien ternes tant les choix de cadrages basiques n'ont d'égal que la non composition de chaque plans. De plus, chaque environnement manque dramatiquement de vie, Tim Story ayant apparemment jugé bon de n'employer qu'une poignée de figurants pour chaque scène de foule : le gouvernement qui appelle Reed Richards en aide se résume à trois pauvres militaires (dont une blondasse risible), l'effondrement d'une grande roue ne mettra en danger qu'un père de famille prisonnier d'une cabine, l'Apocalypse finale se fera sous le regard de deux citoyens vaguement affolés...


Confondant légèreté enfantine et abrutissement infantile, « Les Quatre Fantastiques et le Surfer d'Argent » soulève trois questions essentielles à l'issue de la projection. Tout d'abord : où sont passés les millions investis dans ce nanar ni spectaculaire ni drôle au douzième degré ? Deuxièmement : comment diable Stan Lee peut-il encore cautionner ce genre de trahison vis-à-vis d'une de ses créations ? (il n'est pas interdit de voir son caméo dans le film comme un élément de réponse). Enfin, et beaucoup plus important : quel farceur a bien pu s'amuser à camoufler Jessica Alba derrière trois tonnes de maquillages et des faux yeux de poupée ?


NOTE : 1/6

# Posté le samedi 11 août 2007 15:34

Modifié le samedi 11 août 2007 23:13

GERARD BUTLER - chapitre 9

GERARD BUTLER - chapitre 9
Hein ? Que ? Quoi ?

J'ai l'impression que ça ne fait pas une semaine que j'ai tappé mon dernier article-récréation à la gloire du Dieu Butler.

Ho mais attendez !

Mais si mais si ! Ca fait bien tout juste une semaine dîtes donc ! Incroyable ! J'ai rempli une page de mises à jour en si peu de temps ? Pour un peu, on se croirait presque revenu à l'époque où l'inspiration était totale, où je n'avais pas un ras-le-bol général de mon blog et où je n'étais pas encore accro à l'héroïne.
Comme quoi il aura suffit de vraies vacances pour me remettre dans le bain après une trop longue période à ne pas pouvoir suivre un rythme régulier (et s'arrêter trop longtemps est souvent la première étape vers l'abandon).


* A part ça, pas grand chose au programme aujourd'hui puisqu'aucune bande-annonce excitante n'est apparue sur la toile depuis vendredi dernier. En revanche, je vais pouvoir m'abandonner à mon activité favorite : le radotage (et tous ceux qui m'ont envoyé des commentaires d'insultes récemment sont bien placé pour savoir à quel point j'aime ça !).
En effet, il n'y a pas si longtemps, je faisais part dans ces collones de mon agacement face aux distributeurs et aux chaînes françaises qui méprisent ouvertement le public, notamment en collant n'importe comment d'horribles chansons ultra commerciale en guise de générique. Et bien ceux qui me traitaient de parano à l'époque feraient bien de se réveiller car la tendance s'accélère de jours en jours ! Dernière victime de ce nivellement par le bas : les 4 Fantastiques et le Surfer d'Argent. Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant à la fin de cette purge innommable un morceau du rappeur Ol Kainry. Non seulement la chanson ne colle ABSOLUMENT PAS avec l'esprit du téléfilm de Tim Story mais les paroles sont en plus consternantes de nullité (quand on arrive à les comprendre) et le choeur de pouffes qui piaffe derrière est à claquer.
Ce genre d'opportunisme commercial ne rend justice ni aux oeuvres projetées, ni au rap en général tant il est réduit ici à un amas de clichés misérables et aseptisés.

Si vous avez besoin de vous convaincre de la nullité abyssalle de "Heros" (titre de la bouze qui ne cherche même pas à masquer son opportunisme vis à vis d'une certaine série censurée actuellement sur TF1), régalez-vous ICI.


* Tel un Robin des Bois du Net, le Méro a décidé de voler au secours des pauvres spectateurs qui ont vu leur séance de Ratatouille amputée du court-métrage PIXAR projeté en encas. En effet, pour en avoir fait les frais plus d'une fois (et aussi parce que j'ai découvert sur internet les commentaires en colère de certans fans du studio n'ayant guère apprécié que leur multiplex leur sucre l'avant-programe), voici un lien pour LIFTED, petit bijoux de drôlerie diffusé avec le dernier Brad Bird. Ceux qui ne l'ont pas encore vu se régaleront, les autres auront bien du mal à ne pas se le repasser en boucle.
(attention, le lien ne devrait pas rester actif longtemps)


* On termine avec un ultime cadeau en attendant la sortie de Planet Terror ce mardi 14 aoüt. Comme vous le savez déjà, le projet Grindhouse s'est vu scindé en deux parties dans les pays non anglophones avec, pour faire passer la pillule, l'exploitation de Death Proof en version intégrale (l'opus de Robert Rodriguez ne devrait quand à lui pas être différent de son montage américain). On aurait pu se consoler en misant sur les dvd des films qui, bien que sortant séparément, auraient pu permettre au public d''improviser lui-même sa propre soirée double feature en insérant à la suite les dvd de chaque segment, en version complète qui plus est.
Seulement voilà : il y a un hic. En effet, les fausses pubs et les fausses bande-annonces ne sont annoncées en guise de bonus sur aucun des dvd prévus dans les bac. Fort regrettable puisque cet entract jouissif faisait pari intégrante de l'esprit rétro, décalé et généreux voulu par Tarantino et Rodriguez. En attendant donc qu'une édition collector digne de ce nom intègre ces 10 minutes de plaisir absolu, vous pourrez les apprécier séparément grâce à You Tube :

- le trailer de MACHETE, qui ouvrait Grindhouse juste avant le segment de Rodriguez (possible qu'il soit présent dans l'exploitation française de Planet Terror). Le réalisateur de Sin City envisagerait de tourner le film complet pour le dvd mais vu l'échec cuisant du double programme aux box-office américain, il est probable que ce délire à la mexicaine demeure à l'état de fantasme.

- Petit protégé de Tarantino à la réputation surfaite, Eli Roth signe ce qui est peut être le meilleur faux trailer du lot avec THANKSGIVING, hommage aux vieux slasher pourris des années 80. Le réalisateur qui accorde plus d'attention à la comm de ses films qu'à l'efficacité de sa mise en scène réussit à installer une vraie ambiance malsaine sans renoncer à son humour trash habituel. Pompom-girl coquine qui se prend un couteau dans la chatte, sodomie d'une dinde... Eli Roth se met même en scène en ado se faisant décapiter pendant une fellation. Sublime.

- Remarqué pour son étonnant Devil's Reject fortement imprégné de l'esprit 70's, et en attendant sa vision très personnelle du Halloween de Carpenter, Rob Zombi a rendu son petit hommage aux films de la naziploitation avec WEREWOLF WOMEN OF THE SS. Pas aussi barré qu'on aurait pu le penser mais franchement très classe quand le réalisateur sublime sa femme en chanteuse d'Hitler ou que Nicolas Cage s'invite en Fu-Manchu, le génie du Mal vedette de nombreux sérials des années 30..

- Les plus attentifs auront surement remarqué que le premier groupe de nénettes du Boulevard de la Mort boivent dans des gobelets ACUNA BOYS. L' "interséance" de Grindhouse propose justement une publicité bien ringarde pour ce restaurant de bouffe mexicaine.

- Auréolé du succès des superbes déclarations d'amour au Cinéma que sont Shaun of the Dead et Hot Fuzz, le réalisateur anglais Edgar Wright a apporté sa contribution au délire Grindhouse avec l'hilarant DON'T, hommage vibrant aux gialos transalpins et aux films de maisons hanté. Incontournable !


Voilà, c'est fini pour aujourd'hui !

A la semaine prochaine après mon lynchage en règle de la purge "Les 4 Fantastiques et le Surer d'Argent", la fin de la filmo de mon pêché mignon Michael Bay et, évidemment, la critique du Planet Terror de Rodriguez, probablement le film le plus attendu par moi-même de ce triste été.

# Posté le vendredi 10 août 2007 17:12

Modifié le vendredi 10 août 2007 19:30

PEARL HARBOR

PEARL HARBOR
Pour tout bon cinéphile aimant afficher ses goûts proprets en communauté, la sortie d'un film de Michael Bay est systématiquement marquée du sceau de l'infamie. Mais s'il y en a bien un qui a été lynché plus que les autres, c'est certainement « Pearl Harbor ». Car avec cette fresque historique à très gros budget, le réalisateur de « Bad boys » a commis l'impardonnable aux yeux du public et de la critique en osant sortir de sa case de pyrotechnicien décérébré pour s'essayer à un certain académisme respectable. Pire : il a choisi de le faire à travers la reconstitution d'un des épisodes les plus tragiques de la Seconde Guerre Mondial. Le résultat, loin d'être au niveau des ambitions de départ, ne méritait pourtant pas l'accueil glacial qu'il a reçu, même si la tentative de singer James Cameron n'aura pas jouer en faveur du poulain préféré de l'écurie Bruckeimer.


La principale erreur « Pearl Harbor », c'est certainement d'avoir été conçu comme un aimant à oscars un peu trop voyant. Tentant maladroitement de gagner le respect de ses pairs, Michael Bay laisse en effet transparaître à chaque séquence le désir de reproduire la formule magique de « Titanic », avec un dosage d'action pour les garçons et de romance pour les filles, le tout en abordant un sujet grave qui éduquera les plus jeunes et commémorera la mémoire des vétérans. Malheureusement, force est de constater que quelque chose ne fonctionne pas dans ce triangle amoureux contrarié par des évènements qui le dépasse. En cause : le scénario qui ne parvient jamais à faire l'équilibre entre la petite et la grande histoire. Du contexte géopolitique de l'époque, on ne saura pas grand-chose à l'exception de brefs flashs d'actualité placés ici et là en guise de transitions, tandis que la représentation des japonais se résumera à quelques caricatures particulièrement embarrassantes puisqu'on sent une réelle envie de ne pas diaboliser l'ennemi. De plus, le bombardement de la flotte américaine ne ressemble qu'à une péripétie dantesque mais sans réel enjeu narratif balancée au beau milieu d'un mélo convenu, comme pour justifier les énormes moyens mis en oeuvre.
Cette absence d'unité entre les parties ne serait pourtant pas bien grave si la fiction ne devenait pas (malgré elle ?) un prétexte pour enjoliver la réalité au risque de la caricaturer. Car oui, « Pearl Harbor » agace souvent par sa capacité à transformer un jour noir pour les Etats-Unis en tract patriotique, la cuisante défaite devenant rapidement une éclatante victoire. Ainsi, lorsque la caméra se détourne des corps brûlés ou perforés gisant un peu partout, c'est pour se reporter sur les exploits des deux héros, Rafe et Danny, s'envolant pour détruire sept avions ennemis, sous les applaudissements des marins encore dans l'eau. Ce revirement a beau être basé sur des faits avérés, il n'en demeure pas moins douteux. Et cette sensation désagréable se fera encore plus insistante dans le dernier acte du film, quand Michael Bay choisira de relater la réponse américaine avec le raid de 1942 sur Tokyo. La notion d'héroïsme s'étale alors pleinement sur l'écran avec des officiers qui marchent au ralenti comme s'ils sortaient d' « Armageddon » (le second degré en moins), le Colonel Doolittle se réapproprie la notion de kamikaze propre au code de l'honneur japonais et le discours final fait dans le révisionnisme honteux en tentant de faire gober que le 7 décembre 1941 a transformé l'Amérique en une puissance implacable.


Néanmoins, si l'on parvient à faire fi de cet arrière-goût de propagande, « Pearl Harbor » possède quelques beaux restes qui lui permettent de se hisser à un niveau tout à fait honorable dans le spectacle à grande échelle. Le cinéaste dégénéré échoue certainement à délivrer le grand monument d'émotion dont il qu'il rêvait mais ses efforts méritent d'être salués. Loin du montage nerveux qui l'a toujours caractérisé, Michael Bay a accepté de poser sa caméra pour laisser vivre ses personnages. Sa direction d'acteur n'est sans doute pas exemplaire (Ben Affleck et Kate Beckinsale ne s'en sortent pas mal pour autant, seul Josh Hartnett se contente de jouer avec ses cheveux) mais on ne peut lui reprocher de cultiver un vrai sens du raffinement dans le but de retrouver la flamboyance des grands classiques du Cinéma romantique des années 50. Jeune infirmière courant au ralenti vers un train emportant son bien-aimé, scène d'amour au milieu de parachutes suspendus, lecture de lettres sur fond de coucher de Soleil... Un assemblage de cartes postales soigneusement composées mais dont le charme suranné finit toutefois par opérer pour peu qu'on soit sensible à cet hommage désuet aux grandes heures du romantisme hollywoodien.
Quand aux grincheux qui ne verront là qu'un lyrisme factice, ils pourront toujours se consoler avec l'impressionnante logistique du bombardement de Pearl Harbor, séquence de 40 minutes où la virtuosité de l'auteur atteint son apogée. La gestion de l'action sur plusieurs fronts n'a rien à envier à celle d'un George Lucas tant on passe avec fluidité d'un décors à l'autre sans jamais être perdu, les effets spéciaux numériques sont irréprochables au même titre que la photo exotique de John Schwartman, les effets gores (visibles uniquement dans la director's cut) salissant l'univers idyllique présenté jusqu'alors... Les idées visuelles insensées abondent également comme ce plan vertigineux où la caméra suit un missile durant sa chute, du ciel jusqu'à sa cible. Bay utilise de somptueux plans larges quelques part entre la peinture et le jeu vidéo pour situer l'action, dessine la trajectoire des balles pour mieux définir le déplacement des avions et leur conférer l'illusion de la rapidité, plaque un effet de flou vaporeux lors des séquences à l'infirmerie pour marquer la confusion générale... La lisibilité est exemplaire, même quand un obus ou des débris de métal volent vers l'objectif. Un plaisir absolu de spectateur à peine entaché par de petits fautes de goût mineures (le chien échappant au naufrage de l'Arizona).


« Pearl Harbor » est probablement l'oeuvre la plus ambitieuse de la carrière de Michael Bay. C'est aussi la plus déséquilibrée et la plus indigeste (à l'image du score de Hans Zimmer) parce que écartelé entre la grandiloquence de ses sentiments et le ridicule de son idéologie déplacée. Il suffit de comparer le générique d'ouverture sur un disque solaire renvoyant au drapeau japonais et l'un des plans de conclusion laissant flotter au vent la bannière étoilée pour mesurer le fossé entre ce que promettait d'aborder le film (le douloureux coup porté par l'Est et ce qu'il impliquait pour le monde) et ce qu'il raconte réellement (le triomphe d'une Amérique capable de se relever). Entre le début et la fin des trois heures de projection, les nobles désirs de Cinéma se sont perdus, en même temps que la reconnaissance artistique que pouvait espérer le réalisateur.


NOTE : 4/6

# Posté le jeudi 09 août 2007 14:05

Modifié le lundi 13 août 2007 18:40